Les « mules bancaires », rouages essentiels des escroqueries en ligne
Des milliers d’euros transitent chaque jour sur les comptes de particuliers recrutés par des escrocs. Manipulées ou complices, ces « mules bancaires » sont devenues un maillon essentiel des réseaux de blanchiment d’argent. Une pratique en plein essor que les banques tentent désormais de combattre.
Au cœur de ces escroqueries, des virements par dizaines, souvent à quatre ou cinq chiffres. Une jeune femme, que nous appellerons Sophie, confie avoir fait transiter des sommes considérables sur ses comptes. Elle raconte : « 3 000 euros, je les renvoie à 1 000 euros, que je renvoie de nouveau à 1 000 euros, je renvoie. Et sur le même mois, il y a 72 971 euros qui sont rentrés et 72 971 euros qui sont sortis. » Sophie affirme avoir été piégée par un cybercriminel lui faisant croire qu’elle plaçait de l’argent sur une plateforme d’investissement en ligne. Pour récupérer ses intérêts, elle devait faire transiter l’argent d’autres investisseurs via son compte, sans se rendre compte qu’il s’agissait en réalité des fonds de victimes.
Cette pratique a pris de l’ampleur avec l’émergence des néobanques, qui facilitent ces opérations. Les réseaux de blanchiment d’argent utilisent même les réseaux sociaux pour recruter des mules. Pour illustrer ce phénomène, une enquête de France Télévisions a mis en lumière des offres alléchantes sur ces plateformes, promettant des gains rapides et sans risque.
Les banques, face à cette montée des virements frauduleux, adoptent des mes pour contrer ces escroqueries. Par exemple, la banque Nickel utilise des algorithmes sophistiqués pour traquer les transactions suspectes. Barbara Delecourt, responsable de la lutte contre la fraude chez Nickel, explique : « Nous pouvons voir les interactions qu’un client a eues avec d’autres clients, ce qui nous permet d’identifier des contreparties suspectes. »
Le risque pour les mules bancaires est considérable, comme l’indique Me Bertrand Loue, avocat en droit pénal financier. Ces individus peuvent être tenus responsables des escroqueries réalisées, avec des préjudices pouvant atteindre des millions d’euros. Pour escroquerie en bande organisée, une mule bancaire risque jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 1 million d’euros d’amende.
Cette situation met en lumière la vulnérabilité des particuliers face aux cybercriminels et souligne la nécessité pour les institutions financières de renforcer leurs mes de sécurité.
Source : Franceinfo
