« Je n’ai pas le choix, il faut travailler » : en pleine canicule, ouvriers et livreurs continuent malgré la fournaise
Bordeaux (Gironde), reportage
Alors que 79 départements sont en vigilance canicule jaune et orange, Bordeaux connaît son deuxième épisode de chaleur exceptionnelle en l’espace de quinze jours. Les Bordelais subissent ces températures extrêmes, mais ce sont les plus précaires qui sont en première ligne dans cette ville très urbanisée. Ouvriers du BTP, facteurs, livreurs et sans-abri sont les plus touchés par ces conditions climatiques.
Le 15 juin, Bordeaux a enregistré la température maximale de 35,4 °C sur l’ensemble du territoire français. Trois jours plus tard, le mercure a atteint 37 °C, et la barre des 40 °C est attendue ce week-end. La métropole est en surchauffe.
Avec près de 270 000 habitants, Bordeaux est marquée par ses espaces bétonnés et ses nombreux chantiers. Le pont de Pierre, monument emblématique, est en travaux depuis l’été 2025, et les ouvriers y travaillent sans relâche, même en période de canicule.
Sur un skatepark, deux travailleurs partagent une bouteille d’eau. Les horaires de travail ne sont pas ajustés pour tenir compte de la chaleur. L’un d’eux déclare : « Je n’ai jamais connu une chaleur comme ça, même au Soudan. »
Les entreprises d’insertion continuent de faire travailler des équipes pour désherber la ville, malgré les conditions climatiques. Une passante note : « Même en plein soleil, on fait travailler les gens pour désherber, c’est ridicule. »
Nicolas, un ouvrier, a installé une tonnelle pour créer un coin d’ombre durant les pauses. « On nous tolère les manches retroussées quand il fait chaud, mais nos pantalons tiennent chaud, on n’a pas le choix, on s’adapte. »
Killian, facteur depuis quelques mois, bénéficie d’un aménagement d’horaires. « Au lieu de faire du 9-16 heures, on fait du 8-14 heures. Ça va, mais en fin de matinée, il fait déjà bien chaud. » Il ajoute que la Poste leur a fourni des brumisateurs, ce qui apporte un certain soulagement.
Idris, livreur pour une plateforme, souligne que les jours de canicule, les courses sont moins nombreuses mais plus éloignées. « Je ne vais pas faire 20 km aller-retour pour 10 euros. »
Dans la Maison des livreurs, Jonathan L’Utile Chevallier, coordinateur de l’espace, explique : « On a noué un partenariat avec la Banque alimentaire qui nous fournit de quoi manger et de l’eau. » Cependant, pour une livraison de moins de 2 km, la plateforme Deliveroo rémunère moins de 3 euros. Iniesta, livreur depuis trois ans, déclare : « Pour ce prix-là et avec cette chaleur, je n’y vais pas. Il y a des livreurs qui font des malaises avec la chaleur. »
Jonathan L’Utile Chevallier dénonce également les conditions de travail : « Pendant ces journées, les livreurs travaillent beaucoup et sont payés une misère. Un livreur a travaillé 40 heures pour gagner 100 euros. Aucun dialogue n’est possible avec les plateformes. »
À Bordeaux, la mairie n’a pas prévu d’ouvrir d’espaces supplémentaires pour accueillir les sans-abri. Harmonie Lecerf Meunier, conseillère municipale d’opposition, affirme : « La protection des personnes vulnérables doit constituer une priorité absolue. »
En fin de journée, les rues de Bordeaux restent chaudes, la pierre restituant la chaleur accumulée durant la journée. Dix jours caniculaires sont attendus.
Source : Reporterre
