Autonomie de la Corse : des inquiétudes grandissantes chez les écologistes
Un projet de loi constitutionnelle visant à accorder l’autonomie à la Corse est en discussion à l’Assemblée nationale depuis le 16 juin. Ce texte, tant attendu, vise à doter la collectivité de Corse d’un pouvoir législatif et réglementaire spécifique, bien que les domaines et modalités restent encore à définir.
Le collectif antimafia Massimu Susini, nommé en hommage à un militant écologiste et nationaliste assassiné à Cargèse en 2019, appelle les députés à garantir une « non-régression » des normes sociales et environnementales avant d’approuver l’autonomie. Les préoccupations du collectif proviennent des intentions de certains élus corses de relâcher les règles d’urbanisme sur l’île. Par exemple, le député Les Républicains François-Xavier Ceccoli a fait adopter un amendement à la loi Montagne pour faciliter la construction, tandis que le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci, réclame une actualisation de la loi Littoral pour plus de flexibilité.
Sans garanties, les membres du collectif redoutent un affaiblissement des règles d’urbanisme, ce qui pourrait favoriser des pratiques mafieuses déjà bien ancrées sur l’île. « Bâtir une autonomie sans gages antimafia, c’est donner l’impression d’émanciper les Corses, alors qu’un asservissement plus cruel les guette », déclarent-ils. Un vote sur le texte est prévu le 23 juin, avant son passage au Sénat.
Jérôme Mondoloni, membre du collectif et coprésident de la commission contre les pratiques mafieuses à l’Assemblée de Corse, insiste sur la nécessité de mettre en place des garde-fous tout en soutenant le projet d’autonomie.
Il souligne que les groupes mafieux intensifient leur influence, pénétrant les marchés publics et exerçant une pression croissante sur les maires pour rendre constructibles des terrains qui ne le sont pas. En Corse, un hectare de terre agricole en zone littorale coûte environ 8 000 euros, alors qu’il peut atteindre entre 500 000 et 1 million d’euros s’il devient constructible, rendant la spéculation immobilière plus lucrative que le trafic de drogue.
Les inquiétudes portent également sur un éventuel détricotage des lois Littoral et Montagne, qui interdisent l’urbanisation dans certaines zones. Mondoloni met en garde contre l’absence de contrôle de légalité, déjà défaillant, qui pourrait conduire à un mitage du littoral et à une spéculation accrue.
Les associations environnementales partagent ces préoccupations. Si les lois en question sont modifiées, cela pourrait compromettre la défense de l’environnement en Corse. En effet, près de 99 % des annulations de plans locaux d’urbanisme ces dernières années ont été demandées par l’association U Levante, démontrant une faillite du contrôle légal avant même l’instauration de l’autonomie.
Malgré ces craintes, le collectif ne s’oppose pas à l’autonomie, mais exige des clarifications sur son contenu, notamment en ce qui concerne la protection de l’environnement et la préservation des terres.
Source : Reporterre
