Rencontre avec Geert Lenssens, avocat belge engagé contre les PFAS
Le 26 février, une audience de trois jours s’est conclue devant le tribunal de première instance d’Anvers, concernant une action civile initiée par 1 400 habitants de Zwijndrecht. Les plaignants attendent de savoir si la pollution aux PFAS émanant de l’usine 3M, située à proximité, constitue une « nuisance excessive pour le voisinage ». L’avocat Geert Lenssens, qui a précédemment remporté une victoire en 2023 pour une famille de la région, espère obtenir réparation pour les résidents affectés, dont beaucoup présentent des niveaux de PFAS dangereux dans leur sang.
Lenssens, avocat reconnu dont le père, Jan, a été ministre flamand de l’environnement de 1981 à 1988, a exposé sa stratégie en la comparant à un lancement de fusée. La première étape consiste à prouver l’existence d’une nuisance anormale, suivie d’une action pénale où les victimes peuvent demander des dommages et intérêts. Si cette dernière échoue, une action civile pour faute et dommages et intérêts sera envisagée.
La décision des juges concernant l’étendue du « voisinage » revendiqué sera rendue le 24 novembre 2026. En février, ils ont demandé une liste des plaignants dans un rayon de 15 kilomètres autour de l’usine 3M.
Le succès de l’affaire de 2023 a incité cinq familles à former un groupe citoyen nommé « Darkwater 3M », dans le but d’intenter un recours collectif contre l’entreprise. Les plaignants réclament chacun 20 000 euros, une somme que Lenssens considère comme un acompte, alors que l’ampleur des dommages reste indéterminée.
3M a été reconnue responsable de la pollution aux PFAS, confirmée lors de l’excavation d’un tunnel autoroutier en 2021. L’entreprise a accepté de verser environ 571 millions d’euros pour réparer les dommages environnementaux en Belgique et indemniser les agriculteurs voisins. Toutefois, le nettoyage du site, qui devrait durer environ quatre ans, engendrera des perturbations, soulevant des questions sur la responsabilité de 3M en cas de baisse de valeur des biens immobiliers.
Les problèmes de santé liés à l’exposition aux PFAS sont également préoccupants. Lenssens fait état de personnes malades et de décès, mais précise que ces aspects feront l’objet d’un procès ultérieur, nécessitant des recherches approfondies sur les effets des PFAS. Il anticipe un recours collectif supplémentaire lié à Darkwater 3M, avec un potentiel de 100 000 plaignants dans un rayon élargi.
Anvers, la commune la plus peuplée de Belgique, abrite plus de 560 000 habitants. Parmi les 8 568 résidents vivant à moins de cinq kilomètres de l’usine 3M, près de la moitié présentent des concentrations dangereuses de PFAS dans le sang. Bien que 3M ait cessé sa production de PFAS l’année dernière, le groupe ChemSec a averti que cela ne signifie pas la fin de leur utilisation.
Lenssens exprime son indignation face aux arguments de 3M, qui affirment que la présence de PFAS est généralisée en Belgique. Il souligne que les entreprises doivent assumer leurs responsabilités environnementales, affirmant que le temps où elles pouvaient agir sans contraintes est révolu.
Source : Euractiv