Influence : Pourquoi le secteur peine encore à inspirer confiance
L’influence s’est rapidement intégrée dans le quotidien des Français, mais sa crédibilité reste à bâtir. Lors de la conférence organisée à VivaTech 2026, Paméla Rougerie, journaliste au Parisien et spécialiste des questions liées à l’influence, a présenté un état des lieux d’un secteur devenu incontournable pour le grand public et les marques, tout en mettant en lumière ses dérives.
Quand les chiffres s’emballent un peu trop vite
Paméla Rougerie souligne que les réseaux sociaux se sont transformés en véritables canaux d’information et de consommation. En effet, 65 % des Français utilisent ces plateformes pour s’informer ou se divertir, et près de 48 % des consommateurs ont déjà acquis un produit sur la base d’une recommandation d’un créateur. L’audience est majoritairement jeune, avec 72 % des utilisateurs âgés de 19 à 35 ans, et près d’un tiers des 18-24 ans consacrent plus de 15 heures par semaine à ces plateformes.
Cependant, cette croissance rapide présente des défis. 40 % des créateurs dépendent exclusivement de leurs revenus en ligne, mais leur statut et leur fiscalité demeurent flous, surtout pour les plus jeunes. Les rémunérations varient considérablement, un partenariat pouvant aller de 500 euros à des montants bien plus élevés, créant un marché souvent perçu comme opaque. En conséquence, 82 % des créateurs estiment que leur profession n’est pas suffisamment reconnue. De plus, 53 % des créateurs mentionnent une dépendance aux algorithmes, qui favorisent des contenus suscitant des émotions fortes, souvent négatives.
Une croissance qui mène à des dérives et des doutes persistants
Ces dérives sont régulièrement rapportées par Le Parisien. Le manque de transparence sur les publicités est la première préoccupation, certains créateurs présentant des produits sponsorisés comme des recommandations spontanées. D’autres cas plus graves incluent des arnaques, la promotion de produits de contrefaçon, ou encore des pratiques médicales non vérifiées.
La construction des audiences soulève également des soupçons. Les influenceurs issus de la télé-réalité, dont les communautés se développent rapidement, et ceux ayant acheté des abonnés alimentent la défiance. Cette perception dégradée a conduit certains, comme Léna Situations, à préférer le terme « créateur de contenu » pour se distancier de la connotation négative associée à « influenceur ». La loi du 9 juin 2023, qui visait à réguler le secteur, n’a pas mis fin à ces pratiques.
Rétablir la confiance entre les créateurs, les marques et leur public
Une régulation en construction
Paméla Rougerie appelle à une responsabilité partagée, évoquant plusieurs garde-fous déjà en place :
- Certifications : L’ARPP propose un certificat d’influence responsable, évaluant la connaissance des règles de l’influence commerciale.
- Organismes : L’Umicc, créée en 2023, promeut des pratiques responsables et milite pour une stricte application de la loi.
- Collectifs et bénévoles : Des initiatives comme le collectif d’aide aux victimes d’influenceurs ont permis d’engager des procédures judiciaires.
Une vigilance qui doit être l’affaire de tous
Au-delà des structures, chaque acteur doit adopter un regard critique. Les marques doivent examiner les profils au-delà du nombre d’abonnés et s’asr de la cohérence entre l’audience et le sérieux des contenus. Parallèlement, le public doit être conscient de la « relation parasociale », qui peut influencer leur comportement d’achat.
Les médias, chercheurs et enseignants ont également un rôle crucial à jouer en sensibilisant le public à l’impact de l’influence, en enquêtant sur les pratiques et en dialoguant avec les plateformes pour un meilleur contrôle des contenus.
Paméla Rougerie conclut en plaidant pour la création de cellules dédiées au suivi de l’influence numérique dans les rédactions, soulignant que ce sujet sera primordial dans les années à venir.
Source : Le Parisien
