Le Conseil d’analyse économique propose de cibler les allégements de cotisations sociales sur les jeunes et les plus de 60 ans
Dans une note publiée le 16 juin, le Conseil d’analyse économique (CAE) recommande de revoir les allégements de cotisations sociales. Les auteurs, Antoine Bozio et Etienne Wasmer, estiment que cette politique, mise en œuvre depuis les années 1990, atteint ses limites. L’État dépense actuellement des sommes considérables, prévues à 74 milliards d’euros en 2026, pour réduire le coût du travail au niveau du SMIC.
Cette approche a permis à la France d’afficher des salaires minimums parmi les plus généreux d’Europe, représentant 71,9 % du salaire médian, tout en maintenant un coût du travail relativement faible. Cependant, les économistes soulignent que cette stratégie a également limité la progression des salaires, contribuant à une compression des grilles salariales vers le SMIC.
Un effet de nivellement par le bas
Depuis les années 1990, la proportion de salariés rémunérés au SMIC a considérablement augmenté : de 8,2 % en 1994, elle a atteint 12,4 % en 2025, avec un pic de 17,3 % en janvier 2023. Pour remédier à cette situation, le CAE suggère de « désindexer progressivement les allégements de cotisations dès le SMIC ». Cela permettrait de relancer le dialogue social et d’encourager des augmentations salariales.
Limiter ces allégements pourrait également contribuer à renflouer les caisses de l’État, alors que des discussions budgétaires sont en cours et que le gouvernement a récemment gelé ces allégements en réponse à l’inflation.
Des recommandations pour les publics sensibles
Le CAE a déjà présenté ses conclusions à Matignon et à Bercy, avec une prochaine réunion prévue avec le ministre du Travail. La perspective d’une réduction des allégements suscite des inquiétudes parmi les employeurs. Patrick Martin, du Medef, a qualifié ces mes de « anti-entreprise » et « anti-emploi ».
Pour éviter des impacts négatifs sur l’emploi des groupes les plus vulnérables, les économistes préconisent de maintenir des allégements renforcés pour les jeunes et les plus de 60 ans, qui sont particulièrement affectés par les conditions du marché du travail. Ils recommandent également d’investir dans des politiques structurelles telles que l’éducation, le logement et les transports pour faciliter l’accès à l’emploi.
Un dispositif en mutation
Depuis le 1er janvier 2026, le système d’allégement des cotisations a été renommé « réduction générale dégressive unique » (RGDU), avec une réduction maximale pour les salaires au SMIC, dégressive jusqu’à trois SMIC. Le SMIC horaire brut a été revalorisé à 12,31 euros au 1er juin 2026, mais le calcul de la RGDU reste gelé à 12,02 euros.
La note du CAE relance ainsi le débat sur l’efficacité et la durabilité des allégements de cotisations sociales, à un moment où le gouvernement cherche à équilibrer soutien à l’emploi, maîtrise des finances publiques et augmentation des salaires.
Source : Conseil d’analyse économique
