La France, malgré sa position de leader agricole en Europe avec 28 millions d’hectares de terres cultivées, fait face à une crise de souveraineté alimentaire. Philippe Pointereau, président de la Fondation Terre de Liens, affirme que « un pays dont l’agriculture est commandée par le marché international a perdu sa souveraineté alimentaire ». Cette déclaration fait écho à la publication du 4e rapport annuel de l’organisation, intitulé « Souveraineté alimentaire : un scandale made in France », publié le 17 février.
Le rapport souligne que bien que la France affiche un « potentiel nourricier de 130% », 43% de ses terres agricoles sont consacrées à l’exportation, soit 12,4 millions d’hectares. En outre, la surface agricole disponible par habitant est de 2.100 m², alors qu’il faudrait le double pour garantir une autosuffisance alimentaire.
Cette situation est attribuée à l’industrialisation et à la spécialisation de l’agriculture, qui ont éloigné les zones de production végétale des espaces d’élevage. Aujourd’hui, seulement une ferme sur dix conserve un modèle polyculture-élevage. La France utilise également 8,5 millions de tonnes d’engrais, dont une grande partie provient de minerais et de gaz importés, principalement de Russie et du Maroc, ce qui rend le pays dépendant de ressources extérieures.
Déconnexion entre agriculture et alimentation
Le rapport met en lumière une déconnexion croissante entre l’agriculture et l’alimentation en France. « Plus on importe, plus on exporte », déplore Pointereau, notant que le solde commercial ne représente plus que 6%, et pourrait bientôt atteindre zéro. La situation des agriculteurs est préoccupante, avec 18% vivant sous le seuil de pauvreté et 10% ayant des revenus négatifs. Cette crise alimentaire croissante se traduit également par une augmentation de la précarité alimentaire, avec 16% des Français déclarant ne pas manger suffisamment.
Les politiques publiques mises en place depuis des décennies ont contribué à cette crise, selon Tanguy Martin, chargé de plaidoyer chez Terre de Liens. Les trois quarts des achats alimentaires sont effectués dans des grandes surfaces, où trois enseignes dominent le marché, ce qui leur confère un pouvoir de négociation écrasant sur les producteurs. En parallèle, la France a perdu la moitié de ses vergers entre 1950 et 2020, et un tiers des fruits et légumes consommés sont importés.
Un projet de loi « hors sol » ?
Les soutiens publics au secteur agroalimentaire se chiffrent à 48 milliards d’euros en 2021, mais peu sont utilisés pour orienter la production vers des pratiques durables. Tanguy Martin critique le « verdissement de la PAC », le qualifiant d’écran de fumée, tandis que les négociations actuelles n’ont pas abouti à une remise en cause significative du système. Le projet de loi d’orientation agricole, qui fixe un objectif de souveraineté alimentaire, est jugé « hors sol » par Terre de Liens, car il repose sur des indicateurs commerciaux plutôt que sur la capacité à nourrir la population. Le sujet crucial du renouvellement des générations et de l’accès à la terre reste également non abordé.
Face à cette situation, Terre de Liens appelle le gouvernement à reconnaître l’érosion de la souveraineté alimentaire et à aligner la production agricole sur les besoins alimentaires de la population.
Source : Localtis.
