Infomaniak fait un Bosch : le cloud suisse se rend invendable

Le fondateur d’Infomaniak cède le contrôle de son entreprise à une fondation d’utilité publique. Dans le cloud, personne n’avait encore osé.

Le 13 mai 2026, Boris Siegenthaler, fondateur de l’hébergeur suisse Infomaniak, a transféré 65 % des droits de vote de son entreprise à une fondation suisse d’utilité publique : la Fondation Infomaniak. Les actions transférées sont d’une catégorie spéciale qui ne pourra jamais être cédée, empêchant ainsi toute acquisition par des fonds d’investissement ou des entreprises américaines. Ce transfert a été validé à l’unanimité par les 36 salariés actionnaires, représentant 25 % du capital, et signé devant notaire. Avec un chiffre d’affaires de 56 millions de francs suisses (+50 % en trois ans) et 340 employés à Genève et Zurich, Infomaniak se trouve désormais hors de portée structurelle.

De Bosch à Mozilla : les précédents et leurs limites

Le modèle de la fondation actionnaire n’est pas nouveau. Des entreprises comme Bosch, Carl Zeiss, Rolex et Victorinox l’ont adopté. Plus récemment, Proton, un service de messagerie chiffrée suisse, a également confié sa gouvernance à une fondation en 2024. Cependant, dans le secteur du cloud, c’est une première.

Un parallèle pertinent est celui de Mozilla, dont la fondation détient 100 % de la Mozilla Corporation depuis 2003. Pourtant, cette structure n’a pas empêché des dérives stratégiques ni des controverses sur la rémunération de sa dirigeante, qui s’élevait à 6,9 millions de dollars en 2022. Mozilla reste également dépendante de Google pour environ 80 % de ses revenus, ce qui montre que la protection de la propriété ne garantit pas la mission quotidienne.

Infomaniak a visiblement tiré des leçons de ces expériences. La Fondation est adossée à une Charte des participations en 9 principes (souveraineté numérique, vie privée, responsabilité environnementale, ancrage local, open source, transparence, entre autres), soumise à la surveillance des autorités cantonales genevoises. Ces principes peuvent être renforcés par le Conseil de fondation, mais jamais affaiblis. Le droit suisse des fondations d’utilité publique impose des contraintes plus strictes que le 501(c)(3) américain qui régit Mozilla, rendant toute modification statutaire dépendante de l’approbation des autorités cantonales. L’entreprise continuera d’être dirigée par la même équipe de direction et prévoit d’ouvrir une partie de son capital à des investisseurs partageant ses valeurs pour soutenir sa croissance européenne.

À un moment où les données européennes migrent vers des clouds américains soumis au Cloud Act, Infomaniak a sécurisé sa structure avec un mécanisme éprouvé. Cela représente une adaptation du modèle Bosch au secteur du cloud.

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Source : Infomaniak

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