L’UE face au défi chinois : des mots plus durs que les actes

L’UE face au défi chinois : des mots plus durs que les actes

Les dirigeants européens aborderont lors de leur sommet à Bruxelles la question des relations de plus en plus tendues entre l’Union européenne et la Chine. À ce stade, rien n’indique que cette discussion débouchera sur une inflexion de la ligne européenne à l’égard de Pékin.

Depuis plusieurs années, l’ampleur croissante de l’excédent commercial chinois, la domination de Pékin sur les chaînes d’approvisionnement stratégiques et son rapprochement avec la Russie pèsent lourdement sur les relations entre l’Europe et la deuxième économie mondiale.

Les tensions se sont exacerbées récemment. En mars, la Commission européenne a irrité Pékin en proposant une législation « Made in Europe » destinée à réduire la dépendance de l’Union à l’égard des fournisseurs étrangers dans des secteurs industriels clés. Au début du mois, l’exécutif européen a également apporté son soutien à une initiative française visant à renforcer les instruments de défense commerciale de l’Union face aux pratiques de coercition économique. De plus, Bruxelles a vérifié des informations selon lesquelles des ressortissants chinois seraient entraînés par la Russie pour combattre en Ukraine, allégations fermement démenties par Pékin.

« Le Conseil européen de cette semaine pourrait constituer l’un des moments les plus importants de ces dernières années dans le débat européen sur la Chine », estime Andrew Small, directeur du programme Asie au Conseil européen des relations étrangères (ECFR). Il souligne que la question n’est plus de savoir si la Chine représente un défi systémique, mais si l’Europe est prête à agir avec la rapidité et l’ampleur que la situation exige.

Des signaux indiquent que même Berlin, longtemps perçue comme conciliant envers Pékin, revoit sa position face à une concurrence chinoise de plus en plus agressive. Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré que l’Union devait se prémunir contre les « distorsions » provoquées par les pratiques commerciales d’autres États. De son côté, le Premier ministre belge, Bart De Wever, a accusé la Chine de se comporter comme un « suzerain impérial ».

Les responsables européens et les analystes mettent en garde contre les conséquences de l’excédent commercial chinois, qui a atteint un niveau record de 1 200 milliards de dollars (1 040 milliards d’euros) l’an dernier. Cette situation accentue les difficultés de l’industrie européenne, en particulier dans les secteurs de la chimie, de l’automobile et des équipements industriels.

« Il apparaît de plus en plus clairement que les déséquilibres commerciaux entre la Chine et les États membres sont devenus insoutenables », confie un haut responsable européen. L’objectif principal du débat sera d’orienter la Commission sur « la manière de relever ce défi ».

Cependant, de nombreux observateurs doutent de la capacité des Européens à traduire leur durcissement rhétorique en mes concrètes. Alicia García Herrero, chercheuse au centre de réflexion Bruegel, estime que les divisions entre États membres et la crainte de représailles chinoises rendent improbable l’adoption de mes substantielles.

Les restrictions chinoises sur les exportations de terres rares, introduites l’an dernier, ont également suscité des inquiétudes dans plusieurs capitales européennes. Ces matériaux sont essentiels à de nombreuses technologies civiles et militaires, ce qui a conduit certains industriels à ralentir leur production.

En somme, bien que l’UE semble évoluer vers une ligne plus dure à l’égard de Pékin, la manière dont cette inflexion se traduira concrètement reste à déterminer.

(Source : Euractiv)

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