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Reportage : « On met nos tâches quotidiennes de côté » : au tribunal d’Amiens, le « travail d’équilibriste » pour traiter en priorité les plaintes concernant les enfants

Après l’affaire Lyhanna, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a exigé que toutes les plaintes concernant les enfants, soit 70 000 au niveau national, soient reprises par tous les procureurs généraux d’ici la mi-juillet. Franceinfo a passé une journée au sein du tribunal d’Amiens, qui s’est réorganisé en ce sens, alors que le volume annuel de dossiers est déjà très élevé.

Dans le bureau du procureur de la République d’Amiens, Jean-Philippe Vicentini, des photos de famille et un portrait de Johnny Hallyday décorent les lieux, mais les piles de dossiers habituelles sont absentes. « Beaucoup de plaintes arrivent dématérialisées directement sur les ordinateurs, » explique-t-il. Chaque année, entre 30 000 et 40 000 procédures sont enregistrées, avec environ 11 procédures qualifiées de poursuivables, c’est-à-dire où un auteur est identifié et une infraction constatée.

Le délai de traitement des dossiers est largement en dessous de la moyenne nationale, mais depuis la mort de la petite Lyhanna et la directive du ministère de la Justice, le parquet doit se réorganiser. D’ici le 14 juillet, 900 dossiers impliquant des mineurs doivent être réexaminés en priorité. Cinq magistrats sur quatorze sont désormais affectés aux dossiers de violences conjugales et de violences sexuelles contre les enfants.

La pression est palpable. Une magistrate, en permanence, demande des précisions sur une garde à vue où une victime de 14 ans accuse son ancien petit ami de viols. « Les sollicitations sont nombreuses, que ce soit de l’opinion publique ou des enquêteurs, » affirme-t-elle. « Il y a plus de pression parce que les enjeux sont grands et les attentes très importantes. »

Jean-Philippe Vicentini souligne également le manque d’effectifs dans son parquet. « À l’évidence, on a un nombre insuffisant d’enquêteurs, » déclare-t-il. « Il nous faut aussi des psychologues, des gynécologues et des psychiatres pour travailler avec nous. » Il s’interroge sur la notion de « priorité », évoquant des familles touchées par des homicides routiers et affirmant qu’il ne peut pas leur dire que leur cas n’est plus une priorité.

Ce contexte met en lumière le travail d’équilibriste que doivent effectuer les magistrats, qui se retrouvent face à des priorités multiples. Comme le souligne l’un de ses substituts, « quand tout est prioritaire, plus rien ne l’est vraiment. »

Source : Franceinfo

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