Mali : la Cour suprême prolonge le calvaire judiciaire de Clément Dembélé
La Cour suprême du Mali a refusé de statuer sur le dossier de Clément Dembélé, militant anticorruption incarcéré depuis novembre 2023. Accusé d’avoir menacé de mort le président de transition, le général Assimi Goïta, dans un enregistrement diffusé sur les réseaux sociaux, Dembélé avait été blanchi peu après. Malgré une ordonnance de libération de la justice malienne, ses mésaventures judiciaires se poursuivent. Le 15 juin, un nouvel épisode a eu lieu devant la Cour suprême, qui a décidé de maintenir Dembélé en détention.
Cela fait désormais plus de deux ans et demi que Clément Dembélé est derrière les barreaux. Une expertise technique réalisée en mars 2024 a révélé que ce n’était pas sa voix qui menaçait le président dans l’enregistrement incriminé. Le juge d’instruction a à plusieurs reprises ordonné sa libération, arguant un « manque de preuves ». Cependant, le procureur du pôle judiciaire anti-cybercriminalité et le procureur de la Cour d’appel ont contesté ces décisions, préférant faire appel à un nouvel expert. Les avocats de Dembélé ont alors saisi la Cour suprême pour confirmer le non-lieu.
Le 15 juin, la Cour a néanmoins refusé de se prononcer, invoquant l’absence d’un reçu de consignation, document attestant du paiement d’une démarche par les avocats de Dembélé. La défense conteste cette affirmation et dénonce une manœuvre visant à prolonger la détention de Dembélé. Un proche du militant a déclaré : « On parle de 10 000 francs CFA (environ 15 euros) ! Comment le dossier aurait-il été accepté si incomplet ? »
L’entourage de Dembélé accuse les autorités de vouloir le maintenir en prison, tandis qu’un magistrat en poste a qualifié le dossier de « montage grotesque ». La Cour suprême n’a pas répondu aux sollicitations de RFI.
Eduardo Gonzalez, expert indépendant mandaté par les Nations unies sur les droits humains au Mali, a exprimé sa vive préoccupation face à cette décision. Il a souligné que Clément Dembélé bénéficie de décisions de justice qui n’ont trouvé aucun fondement aux accusations portées contre lui. Gonzalez a décrit la situation de Dembélé comme « injustifiable » et emblématique de la détention arbitraire au Mali, appelant les autorités à réexaminer son cas conformément aux engagements du pays.
Source : RFI
