Comment des milliers de composés potentiellement cancérogènes se retrouvent sur le marché

Comment des milliers de composés potentiellement cancérogènes se retrouvent sur le marché

Chaque mois, de nouvelles expositions à des cancérogènes sont révélées, suscitant des inquiétudes croissantes. Du cadmium dans les céréales du petit déjeuner aux PFAS dans l’eau potable, la question de l’évaluation de la cancérogénicité des substances chimiques se pose avec acuité.

Valentin Thomas, sociologue et politiste au CNRS, a consacré une décennie à l’étude des institutions chargées de cette évaluation, comme en témoigne son ouvrage Classé cancérogène. Il souligne le manque d’exigence entourant la mise sur le marché de nouvelles substances et l’influence des lobbies industriels.

En 2015, une étude de l’Institut national du cancer et du Centre international de recherche sur le cancer a révélé que seulement 4 % des cancers en France étaient attribuables aux expositions industrielles, contre 28 % pour l’alcool et le tabac. Ce chiffre, bien que souvent cité, repose sur un nombre très limité de produits chimiques, environ quarante, face à 350 000 composés en circulation dans le monde.

Dans l’Union européenne, les obligations d’information pour les industriels varient selon le volume de production. Les substances produites en petites quantités échappent souvent à des tests rigoureux, permettant ainsi à des produits toxiques de passer inaperçus. Seules les substances dont la fabrication dépasse 1 000 tonnes par an sont soumises à des études approfondies sur leur cancérogénicité.

Aucune recherche indépendante ne peut tester des produits non commercialisés, ce qui signifie que les études sont souvent réalisées par les entreprises elles-mêmes, rendant les données souvent confidentielles. Cette opacité complique l’évaluation de la robustesse des résultats.

Les réglementations actuelles, qui considèrent une nouvelle substance comme innocente jusqu’à preuve du contraire, entraînent des conséquences visibles. Les PFAS, par exemple, sont un cas emblématique, illustrant l’ampleur de l’exposition à des composés dont la toxicité est parfois suspectée mais rarement confirmée.

Le Centre international de recherche sur le cancer, bien que reconnu pour ses classifications, ne peut évaluer toutes les substances en circulation. Depuis 1971, il a classé moins de 1 100 expositions, alors que le nombre de composés a considérablement augmenté. Près de 50 % des substances évaluées ont été jugées « inclassables », souvent en raison d’un manque de données.

En conclusion, bien que des comités d’experts tentent d’évaluer les risques, la réalité du marché et les faiblesses des réglementations permettent à de nombreux composés potentiellement dangereux de continuer à circuler sans contrôle adéquat.

Source : Reporterre

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