Deux vols habités français… mais où est la stratégie spatiale derrière cette annonce ?

Deux vols habités français… mais où est la stratégie spatiale derrière cette annonce ?

Emmanuel Macron a récemment annoncé, lors du sommet « Choose France », deux vols habités d’astronautes français pour des missions commerciales avec la start-up américaine Vast. Cette annonce, inattendue, soulève de nombreuses questions concernant la stratégie spatiale de la France.

La première interrogation concerne la vision de la France en matière de vols habités. En dehors du cadre de l’Agence spatiale européenne (ESA), la France ne dispose pas d’une stratégie claire dans ce domaine. Cet accord avec Vast, qui consiste principalement à acheter deux sièges dans l’espace, ne constitue pas une politique spatiale cohérente. Cela semble être un acte isolé, sans vision articulée pour l’avenir de la présence française en orbite basse, surtout dans le contexte de l’ère post-ISS.

De plus, en agissant de manière unilatérale, la France risque de perturber sa relation avec l’ESA, où la coordination est essentielle pour faire face aux ambitions des États-Unis et de la Chine.

Pour Vast, ce partenariat est une opportunité précieuse. Fondée en 2021, la société californienne bénéficiera de l’expertise de Thomas Pesquet, un des astronautes les plus médiatisés d’Europe. Les coûts d’entraînement des astronautes seront couverts par le Corps européen des astronautes et le CNES, ce qui signifie que la France apporte plus qu’un simple financement de 50 millions d’euros ; elle fournit également une légitimité et une expertise précieuses.

Ce financement, bien qu’élevé, a été décidé sans consultation préalable du CNES, qui devra le prélever sur d’autres programmes, fragilisant ainsi des projets scientifiques en cours. Cela met en lumière une gouvernance spatiale française davantage réactive aux impulsions politiques qu’axée sur une stratégie à long terme.

Par ailleurs, cette annonce soulève des contradictions. Emmanuel Macron a critiqué la position dominante de SpaceX dans l’accès à l’espace, mais les astronautes français voleront à bord d’un Crew Dragon de SpaceX. Cela complique l’argument pour une autonomie stratégique européenne dans l’espace.

Bien que des expériences scientifiques puissent être menées durant ces missions, leur cadre reste incertain. Préparer des expériences scientifiques nécessite du temps et des ressources, et il est légitime de douter que les budgets soient suffisants pour des projets ambitieux.

Enfin, cette annonce pourrait-elle être davantage liée à un coup de prestige national qu’à une véritable stratégie spatiale ? Le choix du sommet « Choose France » pour l’annonce et l’installation du siège européen de Vast à Paris semblent plus symboliques qu’industriels.

La France a une tradition riche dans le domaine de l’espace habité, incarnée par Thomas Pesquet. Cependant, cette tradition ne suffit pas à constituer une stratégie. Deux vols, même prestigieux, ne remplacent pas une vision claire.

Source : Futura Sciences

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