Passer de la concurrence à la complémentarité entre enseignements public et privé
La décision récente du ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, d’organiser les ouvertures et fermetures de classes sur une période de cinq ans marque une avancée significative. Ce dispositif vise à recueillir les besoins des communes, qui seront ensuite transmis aux rectorats et au ministère pour déterminer les moyens alloués par la loi de finances annuelle.
Cette approche, plus ancrée dans le territoire, répond à une demande de longue date de l’Association des maires de France (AMF), qui critique depuis longtemps l’imprévisibilité et le manque de concertation dans les décisions de carte scolaire. Bien qu’il soit surprenant qu’une telle me ait mis autant de temps à être mise en œuvre et qu’elle ne concerne pour l’instant que 18 départements à titre expérimental, elle arrive à un moment où le choc démographique est devenu inévitable.
Une baisse des effectifs d’écoliers à venir
Les projections de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), publiées le 8 avril, anticipent une diminution de 15 % des effectifs dans le premier degré d’ici 2035, ce qui représente environ 933 000 écoliers en moins. Dans le second degré, cette baisse est estimée à 13 %, soit 743 800 collégiens et lycéens en moins. Ce déclin démographique s’explique par une natalité en baisse, entraînant une réduction inévitable du nombre d’écoles et de classes.
Dans ce contexte budgétaire contraint, il sera difficile de maintenir les structures actuelles face à une diminution des effectifs. La réforme engagée permet de mieux anticiper cette évolution, mais elle ne peut se limiter à la planification des fermetures ; des solutions innovantes sont nécessaires.
Quelle offre scolaire pour demain ?
La question centrale est celle de l’offre scolaire de demain. Les projections actuelles ne traitent pas de l’évolution de la répartition entre enseignement public et privé, supposant que la proportion d’élèves dans l’enseignement privé sous contrat restera stable à 18 %. Cette situation ne reflète pas nécessairement les attentes des familles, mais découle d’une politique imposée depuis 1984 par l’Éducation nationale, ignorant les longues listes d’attente pour certains établissements privés.
Pour la rentrée 2026, une diminution de 125 400 élèves (2 %) est attendue dans le primaire, ainsi que 36 000 dans le secondaire. L’Éducation nationale a contraint les écoles privées à réduire leurs moyens budgétaires, même lorsque les effectifs sont complets et que la demande est forte. À Paris, par exemple, l’établissement Saint-Jean-de-Passy est invité à fermer trois classes alors qu’il y a des listes d’attente.
Maintenir une offre éducative de proximité
Face à cette réalité, la seule logique de fermeture ne suffira pas. Il est crucial d’encourager des initiatives visant à maintenir une offre éducative de proximité. En milieu rural, des écoles associatives peuvent jouer un rôle clé en préservant des services essentiels à la vie locale. Ces établissements, souvent gérés de manière collaborative et soutenus par des bénévoles, peuvent offrir une éducation de qualité tout en étant moins coûteux que les petites écoles publiques.
En septembre dernier, 45 nouvelles écoles associatives ont été créées pour soutenir la ruralité, selon l’association Créer son école. La disparition d’une école peut avoir des conséquences désastreuses pour la vitalité d’un village.
Miser sur la complémentarité pour une école de qualité
Le défi actuel dépasse l’opposition traditionnelle entre enseignement public et privé. La baisse démographique impose une réflexion nouvelle. L’objectif doit être de garantir à toutes les familles une école de qualité, proche de chez elles et adaptée aux besoins spécifiques des territoires.
Il est temps de passer de la concurrence à la complémentarité entre l’enseignement public et l’enseignement privé. Dans un contexte où le nombre d’élèves diminue, l’enjeu n’est pas de savoir quelle école prévaudra, mais comment ensemble, nous pouvons préserver une offre éducative vivante, qualitative et accessible à tous.
Source : La Croix
