Seuls 4 % des cancers liés aux expositions industrielles : « Un chiffre construit sur un manque colossal de données »
Une étude menée par l’Institut national du cancer (Inca) et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) révèle que seulement 4 % des cancers survenus en France en 2015 peuvent être attribués aux expositions industrielles. En comparaison, l’alcool et le tabac sont responsables de 28 % des cas. Cette disparité soulève des interrogations sur la manière dont la cancérogénicité des substances chimiques est évaluée.
Valentin Thomas, sociologue et politiste au CNRS, souligne que ces chiffres influencent non seulement la recherche scientifique, mais aussi les politiques publiques de prévention. Pour établir la part des cancers liés aux expositions industrielles, les chercheurs ont utilisé les données disponibles, mais ont limité leur analyse à une quarantaine de produits chimiques, un nombre dérisoire face aux 350 000 composés chimiques en circulation mondialement.
Ce chiffre de 4 % est donc le résultat d’un manque de données et des choix méthodologiques effectués lors de l’élaboration du rapport. Les firmes ne sont pas obligées de prouver la non-cancérogénicité de leurs nouvelles substances avant leur mise sur le marché, ce qui soulève des inquiétudes quant à la sécurité des produits.
Dans l’Union européenne, les exigences en matière d’information dépendent du volume de production ou d’importation. Les substances produites en quantités inférieures à 1 000 tonnes par an échappent souvent à des tests rigoureux. Cela signifie que de nombreux composés toxiques peuvent passer inaperçus.
Les tests de cancérogénicité sont souvent réalisés par les entreprises elles-mêmes, entraînant des préoccupations sur la transparence et la fiabilité des résultats. Les données générées sont souvent confidentielles, ce qui limite l’évaluation indépendante de leur valeur.
Les lacunes dans les exigences réglementaires mettent en lumière une politique qui considère les nouvelles substances comme innocentes jusqu’à preuve du contraire. Cela peut avoir des conséquences graves, comme l’exemple des PFAS, des polluants persistants dont la toxicité est encore largement méconnue.
En résumé, le chiffre de 4 % de cancers attribuables aux expositions industrielles illustre non seulement un manque de données, mais également des failles dans le système d’évaluation des risques chimiques. La vigilance est de mise, tant pour la santé publique que pour la réglementation des substances chimiques.
Source : Reporterre
