Violences à Mayotte : rapports de domination dans un contexte postcolonial

Violences à Mayotte : rapports de domination dans un contexte postcolonial

L’étude intitulée « Being victim in a postcolonial context » met en lumière les interrelations entre violences, vulnérabilités sociales et héritages historiques à Mayotte. À travers l’analyse de 613 dossiers judiciaires, elle révèle que près de 80 % des affaires traitées concernent des violences sexuelles, interrogeant ainsi les mécanismes de domination qui influencent les situations de victimisation.

Cette étude, présentée dans un cadre hospitalo-universitaire, vise à sensibiliser le personnel aux enjeux de la recherche académique. Elle explore les dynamiques de victimisation dans le contexte postcolonial mahorais, en se basant sur des données recueillies entre 2020 et 2024.

Violences et violences sexuelles

Adoptant une approche interdisciplinaire, l’étude combine psychologie, sociologie, criminologie et anthropologie pour examiner les rapports de domination dans les situations de violence. Elle met en exergue la prédominance des violences sexuelles, qui représentent environ 79 % des affaires, touchant majoritairement des femmes (85,5 %) et des mineurs (77 %), dont l’âge moyen est de 16 ans. Cette surreprésentation des jeunes filles souligne une vulnérabilité accrue liée au genre et à l’enfance. Les violences se manifestent souvent dans des contextes relationnels asymétriques, où près de 70 % des auteurs présumés occupent des positions d’autorité.

Des victimes vulnérables

La société maoraise, héritière d’une histoire coloniale, se révèle fortement segmentée selon des critères administratifs, ethniques et sociaux. À Mayotte, près de 50 % de la population est de nationalité étrangère, ce qui structure les relations interpersonnelles et intergroupes. Les types de violences subies varient selon l’origine : les personnes nées à Mayotte sont davantage victimes de violences physiques, tandis que celles nées aux Comores subissent plus souvent des violences sexuelles.

Les mineurs, notamment les adolescentes, éprouvent souvent de la peur et des difficultés d’expression, ce qui impacte le déroulement des procédures judiciaires. L’étude appelle à repenser les mécanismes de recueil de la parole des victimes et la formation des professionnels. Certaines populations, comme les mineures en situation de prostitution ou les jeunes impliqués dans des conflits territoriaux, nécessitent une attention particulière.

Quelles solutions ?

Actuellement, Mayotte ne dispose pas de parcours dédié à la prise en charge des victimes. L’Association pour la condition féminine et l’aide aux victimes (ACFAV-France Victimes 976) propose un dispositif pluridisciplinaire, mais ne peut pas gérer l’ensemble des demandes, en particulier celles des femmes et jeunes filles. Des associations locales accueillent les victimes, mais manquent de professionnels formés. Les services de santé mentale font face à des contraintes structurelles, aggravées par le passage du cyclone Chido en décembre 2024, limitant leur capacité d’intervention.

À ce jour, des efforts importants restent à déployer à Mayotte pour améliorer le parcours de soins destiné aux victimes de violence.

Source : Elie LETOURNEUR, Docteur en psychologie, Ph.D, étude « Being victim in a postcolonial context ».

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