Un emprunt de 1,5 milliard de dollars confié à Société Générale dans le PLFR 2026, sans annonce publique
Le Projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, actuellement examiné par la Commission des finances de l’Assemblée nationale, prévoit un emprunt obligataire de 857,85 milliards de francs CFA, soit environ 1,5 milliard de dollars, auprès de la banque française Société Générale. Cette opération, d’une ampleur inédite, n’a été mentionnée ni dans le communiqué du Conseil des ministres du 22 mai, ni dans d’autres déclarations publiques gouvernementales.
Le PLFR 2026 comporte 105 articles et des tableaux financiers complexes qui rendent certaines informations cruciales difficilement accessibles. Un économiste de l’Institut national des sciences de gestion (INSG) a révélé cette information en examinant le texte en détail. Le PLFR sert à corriger la loi de finances initiale votée fin décembre 2025, en réponse à la chute des recettes pétrolières et dans le cadre d’un programme avec le Fonds monétaire international (FMI).
Un chiffre caché dans les annexes
L’article 97 du PLFR, qui contient un tableau de financement, mentionne discrètement l’emprunt auprès de Société Générale. Ce type d’emprunt, appelé eurobond, permet à l’État gabonais d’emprunter sur les marchés financiers internationaux et de rembourser sur une période de dix ans. Le dernier eurobond émis par le Gabon date de 2021, avec un taux de 7 %, mais les conditions de marché ont changé depuis.
Un coût à long terme
Actuellement, le Gabon est noté CCC par l’agence Fitch, ce qui signifie que les marchés financiers exigent des taux d’intérêt élevés. D’autres pays africains mieux notés, comme la République démocratique du Congo, empruntent à des taux dépassant 9 %. Dans ce contexte, le taux pour le Gabon pourrait se situer entre 11 et 13 %. Cela se traduirait par des intérêts annuels compris entre 95 et 110 milliards de francs CFA, soit un coût total d’environ 1 000 milliards de francs CFA pour un emprunt de 858 milliards. Ce remboursement ne sera pas pris en compte dans le budget 2026, mais sera supporté par les exercices futurs, de 2027 à 2036.
Questions parlementaires en suspens
Cette situation soulève des préoccupations parmi les députés, qui se retrouvent à voter un engagement financier majeur sans avoir été informés des détails de l’opération. L’absence d’explications publiques sur cet emprunt soulève des interrogations quant à son taux, les garanties offertes, et les objectifs de financement. Alors que le service de la dette représente déjà 61,4 % des recettes de l’État, les implications financières de cet emprunt pourraient avoir des conséquences significatives pour l’avenir économique du Gabon.
Source : GabonReview.com
