Des combattants colombiens au Soudan

Défections au sein des Forces de soutien rapide au Soudan : un tournant dans le conflit

C’est la plus importante défection dans la guerre qui déchire le Soudan depuis plus de trois ans. Le général Al-Nour Adam, connu sous le nom d’Al-Nour Al-Qubba, a récemment quitté les Forces de soutien rapide (FSR) pour rejoindre l’armée régulière soudanaise. Ce haut-responsable des paramilitaires a été officiellement accueilli par le chef de l’État, Abdel Fattah al-Burhane.

L’armée soudanaise contrôle la capitale Khartoum, Port-Soudan et de larges parties de l’est et du centre du Soudan, tandis que les FSR détiennent de vastes zones dans l’ouest, notamment au Darfour, dont la ville d’El Fasher. Le général Al-Nour Adam n’est pas le seul déserteur, ayant été suivi par Ali Rizq Allah, également connu sous le nom d’Al-Savannah.

L’organisation Human Rights Watch (HRW) a examiné des vidéos montrant les deux déserteurs lors du siège d’El-Fasher, qui a duré 18 mois, documentant de graves crimes commis par les FSR dirigés par le général Mohamed Hamdan Daglo, alias Hemeti, contre des civils.

Depuis le début de la guerre en avril 2023, Abdel Fattah al-Burhane recrute des déserteurs parmi les rangs des FSR, offrant une amnistie à ceux qui déposent les armes. HRW n’a pas pu vérifier si cette offre s’applique également aux défecteurs les plus récents.

Tensions internes chez les FSR

Pour Mohamed Osman, expert soudanais chez HRW, un changement de camp ne doit pas signifier l’impunité. Il souligne que ceux responsables de crimes graves ne devraient pas bénéficier d’un passe-droit simplement en changeant de camp. Selon Acled, qui documente les violences politiques, les récentes défections pourraient indiquer une montée des tensions au sein des FSR, révélant des fiss dans les alliances centrales de la milice, en raison de ressources en déclin et d’une concurrence croissante pour les butins de guerre.

Malgré ces défections, les FSR continuent à bénéficier d’un soutien extérieur. Les experts signalent que les FSR reçoivent de l’aide de pays tels que les Émirats arabes unis, l’Éthiopie, la Libye, le Tchad et le Kenya. En revanche, l’armée soudanaise est soutenue par l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Érythrée, avec des soupçons d’aide militaire de l’Iran.

Rôle des Émirats arabes unis

Les Émirats arabes unis sont souvent cités parmi les alliés des FSR. Selon le Wall Street Journal, les agences de renseignement américaines estiment qu’Abou Dhabi a fourni aux paramilitaires des drones, des armes légères, des mitrailleuses lourdes, de l’artillerie, des mortiers et des munitions. Cameron Hudson, ancien chef de cabinet de plusieurs envoyés spéciaux américains au Soudan, a déclaré que la guerre serait terminée sans le soutien des Émirats.

Amnesty International a également trouvé des preuves en 2025 que des livraisons d’armes aux FSR sont très probablement d’origine émiratie. Les Émirats, pour leur part, rejettent ces accusations, les qualifiant d’infondées.

Combattants colombiens

Un rapport de Human Rights Watch a révélé que des centaines de mercenaires colombiens auraient été recrutés depuis 2024 pour combattre au Soudan, via l’entreprise de sécurité Global Security Services Group (GSSG) basée à Abou Dhabi. Les recrues auraient été envoyées pour combattre aux côtés des FSR. HRW a pu recueillir des informations grâce à des comptes sur les réseaux sociaux, localisant les hommes sur des bases militaires des Émirats avant leur déploiement au Soudan.

Joey Shea de HRW a déclaré que l’enquête montre que GSSG a recruté des combattants colombiens pour soutenir un groupe armé accusé de crimes de guerre. Les anciens soldats colombiens sont prisés pour leur expérience de combat et leur formation aux systèmes d’armes américains.

Soutien des Émirats largement documenté

Le soutien des Émirats aux FSR a été documenté à plusieurs reprises. Cependant, ni l’Union européenne, ni les États-Unis, ni le Royaume-Uni n’ont publiquement critiqué les Émirats pour cela. Une enquête a également retracé des combattants colombiens jusqu’à une installation militaire aux Émirats, où ils auraient fait partie d’une unité dirigée par un ancien colonel colombien, sanctionné par les États-Unis et le Royaume-Uni pour avoir recruté des combattants pour le Soudan.

Les Émirats continuent de nier ces allégations et appellent à un cessez-le-feu immédiat, ne voyant pas l’avenir du Soudan dans une junte militaire.

Sources : Human Rights Watch, Wall Street Journal.

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