Intérieur lisse, 45 m³ d’habitacle, large fenêtre… A quoi va ressembler la station spatiale privée Haven-1, lancée par la start-up américaine Vast ?
Cette première station d’une entreprise privée doit être lancée en orbite autour de la Terre en 2027 et n’aura une durée de vie que de trois ans.
Une première sur tous les plans. L’astronaute français Arnaud Prost doit réaliser en 2027 sa première mission spatiale. Le Marseillais testera à cette occasion la première station spatiale privée : Haven-1, de la start-up américaine Vast. C’est une différence majeure avec les précédentes structures. Jusqu’alors, les stations en orbite autour de la Terre appartenaient toutes à des groupements publics ou étatiques : la station Mir (1986-2001) était russe, tandis que la Station spatiale internationale (ISS) est le fruit d’une collaboration entre les agences spatiales américaine et russe, mais aussi européenne, japonaise et canadienne. La Chine, elle, dispose depuis 2022 de sa propre station spatiale, baptisée Tiangong, qui signifie « palais céleste » en mandarin.
Haven-1 doit surtout esquisser les prémices d’une nouvelle ère : celle des engins amenés à prendre le relais de l’ISS, dont la fin est prévue pour le début des années 2030. Sur les vidéos diffusées par Vast, l’intérieur de cette petite station cylindrique (4,4 m de diamètre, 10 m de long et 45 m³ d’habitacle) frappe par son aspect lisse. Rien ne traîne. Tout est caché derrière des parois en bois d’érable éclairées par une lumière tamisée. Même la table de la salle commune est escamotable. Pas de motif, pas d’aspérité.
Cette esthétique est signée Peter Russell-Clarke, un ancien designer d’Apple. Selon Max Haot, le patron de Vast, ces choix sont avant tout fonctionnels. « Nous allons dans l’espace pour travailler », a-t-il commenté. « Il est facile de comprendre que si vous parvenez à mieux vous reposer, à vous sentir mieux et à mieux communiquer, vous travaillerez mieux. »
La netteté des parois d’Haven-1 contraste avec l’intérieur de l’ISS, marqué par un désordre mi-ordonné, mi-chaotique. Haven-1, qui évoluera à peu près à la même altitude que l’ISS, évoque plutôt un « hôtel de luxe », selon des estimations de 2024. En cause : des images commerciales mettant en avant des personnes trinquant devant une large fenêtre dôme de 1,1 m de diamètre, ou encore des lits de taille queen size (140×200 cm), loin des duvets pour une personne sanglés au mur dans lesquels dorment les locataires de l’ISS.
Max Haot s’est défendu face à de telles critiques, assurant que « l’objectif n’est pas de construire un hôtel de luxe dans l’espace et d’attirer les touristes », mais de « créer un cadre de vie et de travail exceptionnel ».
Reste que la station de Vast fait davantage penser à un complexe de tourisme spatial qu’à une structure scientifique. Irénée Régnauld, doctorant en sociologie à l’EHESS, souligne que la station Haven-1 accentue « une forme de floutage » entre « l’astrotouriste » et l’astronaute, entre « une forme de divertissement » et des activités qui se posent dans un cadre scientifique et technique.
De son côté, la start-up fait valoir la présence d’un « laboratoire de pointe » permettant de « favoriser l’innovation dans les domaines de la recherche, du développement et de la fabrication en microgravité ». La société française Interstellar Lab a ainsi déjà signé un partenariat avec Vast pour faire pousser des roses en apesanteur à bord de Haven-1.
Pour l’astronaute français Thomas Pesquet, cette première station n’est qu’un « démonstrateur de la taille d’un module de l’ISS », qui en compte une quinzaine. Haven-1 n’aura qu’une durée de vie de trois ans et n’accueillera que quatre missions de quatorze jours chacune. Cela doit n’être qu’un galop d’essai avant une station plus grande, Haven-2, que Vast espère mettre en service en 2032 pour remplacer l’ISS.
Source : Franceinfo
