Construire ou rénover des bâtiments tout en réduisant l’empreinte carbone : un nouveau modèle économique proposé au Mipim
Le cabinet d’ingénierie Arcadis, l’école de commerce Essec et l’établissement public Paris La Défense ont présenté, lors du salon international de l’immobilier (Mipim) à Cannes en mars, un modèle économique innovant visant à rémunérer l’intégration de la sobriété dans la maîtrise d’ouvrage des projets de construction. Ce modèle soulève des réflexions quant à l’intégration des coûts supplémentaires dans les modèles économiques existants.
Historiquement, le secteur de la construction repose sur le principe selon lequel l’augmentation des investissements et des volumes de travaux est synonyme de création de valeur économique, entraînant ainsi une empreinte environnementale accrue. Ce paradigme est difficile à remettre en question.
Le groupement formé par l’Essec, Arcadis et Paris La Défense propose un modèle théorique qui valorise les gestes de sobriété des maîtres d’ouvrage en les rémunérant selon leurs performances environnementales et économiques. Par exemple, la réutilisation de matériaux existants, recyclés ou biosourcés pourrait être récompensée par un coefficient de rémunération basé sur leur impact environnemental. Parallèlement, le coût total des projets, appelé « capex », devrait être réduit, permettant ainsi de diminuer la facture globale tout en finançant des efforts de conception bas carbone. L’ensemble serait formalisé dans un « contrat de performance carbone » signé par toutes les parties prenantes.
Rebecca Couzens, directrice conseil en développement durable Europe chez Arcadis, souligne que l’objectif est de « passer d’une obligation de moyens à une obligation de résultats » pour les constructeurs. Cela pourrait entraîner une réduction des coûts des projets, à condition qu’ils soient plus petits et moins gourmands en matériaux, tout en restant attractifs pour les investisseurs.
Cependant, ce modèle reste théorique et doit encore être testé. Il soulève la question de la réduction de la « facture carbone » des bâtiments, alors que le secteur du BTP représente 37% des émissions mondiales de CO2. Edouard Dequeker, professeur à l’Essec, indique que même dans un bâtiment performant, le carbone lié à la construction représente 50 à 70% des émissions de CO2.
Le modèle proposé remet en question un système économique et réglementaire centré sur la construction neuve, souvent plus coûteuse en matériaux. Actuellement, il est souvent moins cher de démolir et reconstruire un bâtiment que de le réhabiliter, en raison des études de conception plus coûteuses qu’exige cette dernière. De plus, la fiscalité immobilière actuelle n’incite pas à la sobriété.
La volonté des clients de s’engager dans ce type de modèle reste incertaine. Selon des acteurs du secteur, de nombreux promoteurs hésitent à adopter une approche bas carbone, notamment parce que la réglementation actuelle ne les y oblige pas. Les clients se montrent souvent plus sensibles aux performances thermiques et énergétiques qu’à l’utilisation de matériaux moins carbonés.
Dans ce contexte, Céline Crestin, directrice de la stratégie et du développement responsable pour Paris La Défense, estime que « c’est le bon moment pour engager cette réflexion », malgré les récentes crises économiques. Elle souligne que les contraintes économiques peuvent parfois encourager la créativité.
Des études sont en cours pour tester ce contrat sur des projets à La Défense, en particulier dans le cadre de réhabilitation de logements sociaux. Ce modèle a également été présenté à des investisseurs lors du Mipim 2026, mais il reste confronté aux scepticismes de nombreux acteurs du secteur.
Source : BFM Business
