SERENA WILLIAMS : À 44 ANS, SON RETOUR SUR LES COURTS DÉCRYPTÉ PAR LA COACH SPORTIVE LUCILE WOODWARD

Serena Williams : À 44 ans, son retour sur les courts décrypté par la coach sportive Lucile Woodward

Serena Williams revient sur un court. À 44 ans, l’ancienne numéro un mondiale reprend la compétition au Queen’s, en double avec la Canadienne Victoria Mboko, près de quatre ans après son dernier match officiel. Que demande un retour au très haut niveau après 40 ans, deux grossesses et une longue interruption ? Nous avons posé la question à la coach sportive Lucile Woodward.

Après une longue pause, la priorité concerne la masse musculaire. Elle conditionne la puissance, la stabilité des appuis et la qualité des démarrages, trois dimensions essentielles dans le jeu de Serena Williams. Lucile Woodward souligne : « Les femmes, à partir de 35 ans, perdent du muscle. Après 40 ans, on le perd de plus en plus vite ». Même une championne de ce niveau doit composer avec cette réalité physiologique. À l’approche de la périménopause, la baisse des œstrogènes fragilise tendons et ligaments. Pour une joueuse qui a bâti son tennis sur la puissance de frappe, l’entraînement devient un enjeu de durée autant que de performance. « La puissance, c’est la force combinée à la vitesse », définit la coach.

À ce niveau, ce qui se joue entre les matchs compte autant que l’entraînement. Récupérer, dormir, bien s’alimenter… Ces paramètres prennent plus de place avec l’âge. Lucile Woodward rappelle que l’alimentation des sportifs de haut niveau ne correspond pas toujours à l’image très contrôlée que l’on s’en fait : « Ils ne mangent pas forcément ultra équilibré ».

Dans le cas de la championne américaine, cette reconstruction physique s’inscrit aussi dans une carrière traversée par deux maternités. Longtemps, les athlètes ont repoussé la grossesse à la fin de leur parcours, comme si revenir au plus haut niveau relevait de l’exception. Le frein tient aussi à l’économie du sport. « Très souvent, elles ne faisaient pas d’enfants parce qu’elles pensaient que si elles arrêtaient pendant deux ans, elles allaient perdre tout leur sponsoring », analyse Lucile Woodward.

La grossesse modifie également les repères du corps, entraînant une perte de masse musculaire et un assouplissement des ligaments. « Parfois, lors d’une grossesse, tes pieds ont un peu grandi. Tu peux prendre une demi-pointure parce que tes pieds s’affaissent », explique la coach. Il faut alors retrouver son équilibre, ses marques, son agilité. Ce rapport au corps concerne aussi les femmes qui reprennent une activité après 40 ans.

La musculation reste un frein pour beaucoup de femmes, car elle rend le corps plus visible. Lucile Woodward renverse cette lecture : « Il faut arrêter que les femmes veuillent tout le temps se rendre invisibles, transparentes, brindilles. C’est tout le champ lexical de la disparition ». Serena Williams donne à voir l’inverse. Son corps reste puissant, entraîné, encore engagé dans le jeu. Lucile Woodward y lit aussi le plaisir de continuer : « Elle aime ce sport. On le sent. Que ce soit après les grossesses, à 44 ans, ça lui plaît ».

Dans le sport de haut niveau, la retraite signe souvent la sortie du terrain. Cependant, l’image de Serena Williams change cette perception. « Elle est là, elle est visible. Et j’espère que même à 70 ans, elle sera encore sur des tournois master », conclut Woodward.

Source : Lucile Woodward, interview sur le retour de Serena Williams.

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *