L’industrie aéronautique à l’épreuve de la course effrénée aux cadences

L’industrie aéronautique à l’épreuve de la course effrénée aux cadences

À l’heure du réarmement et de la hausse des commandes dans l’aviation civile, les industriels du secteur aéronautique intensifient leurs investissements et augmentent leur production, tout en faisant face à de nombreux défis. Ce thème a été central lors du Paris Air Forum.

Depuis quatre ans, depuis que le président Emmanuel Macron a introduit le concept d’« économie de guerre » au salon Eurosatory, la France n’est pas en guerre, mais elle évolue dans un environnement marqué par des tensions géopolitiques croissantes. Les nations se réarment, et les industriels de défense français mettent en place des stratégies pour augmenter leur production, soutenus par des initiatives financières. L’industrie de défense, selon les acteurs présents au Paris Air Forum du 12 juin, est en phase de rattrapage, visant à reconstruire une masse industrielle en temps de paix pour faire face à d’éventuels chocs futurs et soutenir les besoins des forces armées.

Matthieu Louvot, directeur général d’Airbus Helicopters, a souligné qu’un « sursaut » s’observe après une période prolongée de sous-investissements. Il a précisé que l’Europe ne peut plus compter sur les États-Unis pour sa défense, ce qui nécessite un niveau d’investissement accru. Benoît Laroche de Roussane, directeur de l’industrie de défense à la DGA, a également noté que les crises récentes révèlent un besoin structurel d’investissement.

Un « ramp up » agile

MBDA, par exemple, a lancé un plan d’investissement de 5 milliards d’euros d’ici 2030, dont 2 milliards en France. Eric Béranger, PDG de MBDA, a déclaré que la production devrait doubler entre 2023 et 2025 et augmenter de 40 % d’ici 2026, avec une prévision de multiplication par six de la production entre 2023 et 2030 pour la France. Ces objectifs doivent être ajustés en fonction des évolutions géopolitiques.

Pour s’adapter, MBDA mise sur le développement de la « smart mass » et a établi des partenariats avec des entreprises comme Aviation Design et Alta Ares pour développer de nouvelles munitions et intégrer des drones dans ses systèmes d’armement.

La carte de la dualité

Airbus Helicopters a également bénéficié de la dualité entre les marchés civils et militaires, ayant enregistré près de la moitié des 25 milliards d’euros de commandes de défense d’Airbus l’an dernier. Plus de 600 millions d’euros sont investis dans l’outil industriel à Marignane pour le renouvellement et la digitalisation.

Un autre facteur clé pour réussir cette montée en cadence est l’exportation, jugée essentielle pour réguler la demande. La DGA joue un rôle en simplifiant les normes, comme cela a été démontré avec le Pacte drones.

Une supply chain fragile

Les PME du secteur s’adaptent également, mais l’industrie de défense souffre de chaînes d’approvisionnement fragiles. Emmanuel Levacher, président du Gicat, a noté que ces chaînes sont tendues, et plusieurs fournisseurs rencontrent des difficultés. Pascal Farella, directeur de Mecachrome, a souligné une désynchronisation dans la demande à travers la chaîne d’approvisionnement, rendant difficile la planification pour les sous-traitants.

Les nouveaux enjeux incluent la nécessité de revoir les outils, de réduire les cycles de production, et d’améliorer la cybersécurité, tout en faisant face à des délais d’approvisionnement allant de 18 à 24 mois pour certaines machines-outils. L’inflation a également considérablement augmenté les coûts de certains logiciels.

Pour que la supply chain européenne soit viable, elle doit être compétitive, résiliente et souveraine, ce qui pourrait nécessiter des consolidations.

Source : La Tribune.

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