La société civile moldave : le maillon faible d’une success story européenne
À Chișinău, capitale de la Moldavie, le drapeau bleu et or de l’Union européenne flotte aux côtés du drapeau national, témoignant de la proximité croissante du pays avec l’UE. Le premier volet des négociations d’adhésion a débuté en juin, et la commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, a qualifié la Moldavie de “meilleur élève de la classe”. Toutefois, des défis persistent, illustrés par des affaires de corruption qui continuent d’ébranler la confiance du public.
Un récent appel reçu par le journaliste Victor Moșneag, qui avait infiltré un réseau d’achat de voix, souligne les tensions sous-jacentes. Ce réseau, lié à l’oligarque Ilan Șor, aurait impliqué environ 140 000 personnes, rémunérées via une application associée à une banque russe.
Les organisations de la société civile mettent en lumière plusieurs obstacles à l’adhésion de la Moldavie à l’UE : une majorité au pouvoir plus fragile qu’elle n’en a l’air, un système judiciaire encore en reconstruction, et une influence russe qui, bien que modifiée, demeure persistante.
Une majorité, mais fragile
Les sondages montrent que le soutien à l’adhésion à l’UE varie entre 55 % et 65 %. Cependant, cette majorité est jugée instable. Adrian Ermurachi, de l’Institut pour les politiques et les réformes européennes (IPRE), souligne que de nombreux électeurs votent pour le Parti de l’action et de la solidarité (PAS) non pas par adhésion à ses politiques, mais par désir d’intégration européenne. Cette dynamique pourrait rendre la coalition au pouvoir vulnérable à long terme.
Récemment, la démission du Premier ministre Alexandru Munteanu, suite à un scandale de corruption, a exacerbé cette vulnérabilité. La présidente Maia Sandu, qui avait été perçue comme un symbole d’intégrité, fait face à des accusations de favoritisme dans la gestion des entreprises publiques.
Défis institutionnels
Le système judiciaire moldave, qui a souffert d’une longue histoire de corruption, est en cours de réformes. Selon le Centre des ressources juridiques de Moldavie (LRCM), environ un tiers des juges et procureurs ont quitté leurs fonctions en cinq ans, laissant des tribunaux déjà surchargés avec plus de 1 000 affaires par juge. Les salaires des juges, équivalents à ceux d’un conducteur de trolleybus, contribuent à cette crise.
Dans un contexte économique difficile, la confiance des citoyens dans le système bancaire reste faible, ce qui alimente le marché des prêteurs sur gage et des bijouteries à Chișinău.
Perspectives économiques
Des signes d’amélioration économique émergent, avec des promesses d’investissements d’environ un milliard d’euros signées lors d’un sommet en juin. Ce soutien financier est essentiel pour démontrer aux électeurs que l’alternative européenne peut apporter des bénéfices concrets, tout en exigeant des réformes en profondeur.
Conclusion
La société civile moldave, bien qu’essentielle pour le processus de réforme, est confrontée à des défis significatifs. La capacité de l’UE à fournir des retombées tangibles sera cruciale pour maintenir le soutien public envers l’adhésion. Si cette dynamique devient unilatérale, l’optimisme autour de l’intégration européenne pourrait s’amenuiser.
Source : VoxEurop

