Le bore-out : un phénomène croissant dans le secteur du travail en France

Le bore‑out : quand l’ennui au travail devient une souffrance invisible

Le bore-out : quand l’ennui au travail devient une souffrance invisible

À l’opposé du burn-out, le bore-out résulte d’un manque d’activité, de stimulation ou de sens au travail. Pourtant, ses effets psychologiques peuvent être tout aussi importants. Une étude qualitativa permet d’analyser les manifestations du bore-out, ses causes organisationnelles et l’invisibilisation persistante de l’ennui au travail.

Alors que le burn-out occupe désormais une place centrale dans les débats sur la santé mentale au travail, une autre forme de souffrance reste largement invisibilisée : le syndrome de bore-out. Moins spectaculaire que l’épuisement professionnel, il renvoie à une réalité profonde : celle d’un ennui chronique, d’un sentiment d’inutilité et d’une perte de sens dans le travail. Selon Ruth Maria Stock, le syndrome de bore-out réduit l’innovation, diminue l’engagement et augmente le désengagement psychologique.

Longtemps considéré comme un simple inconfort, le bore-out, reconnu par le gouvernement français, apparaît comme un véritable risque psychosocial. Des témoignages recueillis auprès de salariés de divers secteurs montrent que cet ennui n’est ni marginal ni anodin.

De quoi parle-t-on ?

Le bore-out désigne une forme d’épuisement psychologique liée non à l’excès de travail, mais à son insuffisance, à sa monotonie ou à sa perte de sens. Les premiers travaux sur le sujet définissent le phénomène autour de trois dimensions principales : l’ennui, le manque de défis et le désintérêt professionnel. Ruth Maria Stock le décrit comme « un état psychologique négatif de faible stimulation professionnelle » caractérisé par une crise de sens et une crise de croissance.

Contrairement aux idées reçues, l’ennui au travail n’est pas nécessairement synonyme de confort. Plusieurs salariés interrogés évoquent un profond malaise. Une secrétaire du secteur automobile parle d’un mal-être, tandis qu’une ancienne infirmière devenue conseillère funéraire décrit un sentiment d’inutilité.

Bore-out et burn-out

Le burn-out et le bore-out semblent, à première vue, opposés. Le premier résulte d’une surcharge de travail ; le second d’un manque d’activité ou de stimulation. Pourtant, leurs conséquences psychologiques présentent de nombreuses similitudes. Dans les deux cas, les salariés évoquent fatigue émotionnelle, perte de motivation et anxiété. Un contrôleur de gestion souligne que le bore-out « génère de l’anxiété, la journée étant très longue ».

Un point commun entre burn-out et bore-out réside dans la culpabilité ressentie par les salariés. Ce phénomène contribue à invisibiliser le bore-out. Beaucoup hésitent à parler de leur ennui, de peur d’être perçus comme paresseux ou démotivés.

Les manifestations du bore-out

Le bore-out prend des formes variées dans les organisations. Les manifestations sont souvent discrètes : déambulation sur Internet, multiplication des pauses ou discussions prolongées avec les collègues. Une assistante chef de produit admet flâner sur son téléphone.

Causes organisationnelles

Le premier facteur évoqué est la sous-charge de travail. Plusieurs salariés décrivent une activité irrégulière, marquée par des pics suivis de longues périodes creuses. Le management joue également un rôle central. Une salariée estime que l’ennui vient principalement du manager et de la charge de travail qu’il confie.

Des facteurs organisationnels récurrents sont identifiés : sous-charge de travail, tâches répétitives, management inadéquat et absence de reconnaissance. Le bore-out est souvent associé aux métiers administratifs et tertiaires.

Un décalage entre compétence et poste

Certains profils semblent plus vulnérables au bore-out en raison d’un décalage entre leurs compétences et le contenu réel de leur travail. Les salariés surqualifiés sont particulièrement exposés. Les jeunes diplômés constituent aussi une population à risque lorsque leurs attentes professionnelles se heurtent à des tâches peu responsabilisantes.

L’ennui est un enjeu organisationnel

L’ennui au travail reste socialement difficile à reconnaître. Dans de nombreuses organisations, manquer de travail demeure moins légitime que d’en avoir trop. Les conséquences peuvent être importantes : désengagement, absentéisme, perte de sens et anxiété. Reconnaître le bore-out nécessite de dépasser une vision uniquement quantitative du travail.

À l’heure où les transformations du travail redéfinissent les rapports au temps et à l’activité, le bore-out pourrait devenir l’un des grands angles morts des risques psychosociaux contemporains.

Source : The Conversation.

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