Règles douloureuses : de nombreuses jeunes filles françaises abandonnent le sport.

Personne ne parle des règles douloureuses

Une adolescente sur deux abandonne le sport avant ses 15 ans, un décrochage six fois plus fréquent que chez les garçons. Derrière ces chiffres, des jeunes filles qui composent avec leurs cycles menstruels, leur corps en mutation, le regard des autres et des clubs souvent mal adaptés. Les témoignages de footballeuses, handballeuses et rugbymen révèlent une difficulté commune : trouver et maintenir sa place.

Elles courent, plaquent, marquent des buts. Leur passion pour le sport, souvent ancrée depuis l’enfance, se heurte à des obstacles à l’adolescence. Les douleurs menstruelles, l’éloignement des équipes féminines, les remarques sur leur corps ou le sentiment de passer après les garçons peuvent dissuader ces jeunes filles de revenir sur le terrain.

Selon une enquête de la mutuelle MGEN réalisée en 2026 auprès de jeunes filles de 13 à 20 ans, 50 % d’entre elles cessent le sport avant l’âge de 15 ans. Ce phénomène est six fois plus fréquent chez les filles que chez les garçons. Valérie Driot, responsable des relations institutionnelles à MGEN Nouvelle-Aquitaine, souligne que le problème commence dès la conception du sport. Les cycles menstruels et les fluctuations d’énergie compliquent la pratique. « Le sport est pensé pour un corps constant, en énergie », explique-t-elle. Pour certaines adolescentes, les règles douloureuses deviennent un obstacle suffisant pour renoncer à une séance, voire abandonner le sport.

Ana Izoco, handballeuse à Nafarroa au Pays basque, témoigne de ces difficultés. Elle subit régulièrement des règles douloureuses qui perturbent ses entraînements. « Il y a des mois où La fatigue et les traitements qu’elle prend avant les séances l’obligent parfois à adapter son programme. Pour préparer un marathon, elle préfère sauter une semaine d’entraînement pendant ses règles, consciente que cela impacte ses performances. Elle déplore le tabou qui entoure ce sujet : « Personne ne parle des règles douloureuses. »

L’enquête de la MGEN met en lumière quatre grands freins au maintien des filles dans le sport. Le premier est la non-prise en compte des spécificités du corps féminin. Le deuxième concerne le sport comme lieu de jugement, où certaines adolescentes subissent harcèlement et moqueries, notamment sur leurs tenues et leur apparence.

Danièle Irazu, ancienne internationale de rugby, note que les différences physiques se font plus sentir à l’adolescence, rendant difficile l’intégration des filles dans des équipes mixtes. « C’est compliqué de s’épanouir au milieu des garçons », constate-t-elle. Elle observe que certaines filles arrêtent de pratiquer au moment où elles devraient continuer leur progression.

Le manque de clubs féminins et la distance à parcourir pour y accéder constituent un troisième obstacle. Faiyza Biscaichipy, footballeuse, souligne que dans certaines catégories, il est difficile de recruter des filles. Les équipes féminines se développent, mais le manque de joueuses reste un problème.

Enfin, la culture de la compétition est un frein pour de nombreuses jeunes filles qui ne se reconnaissent pas dans un modèle sportif centré sur la performance. « Beaucoup de jeunes filles aimeraient un entre-deux entre le loisir et la compétition », précise Valérie Driot.

Des initiatives commencent à émerger pour améliorer la situation. Danièle Irazu évoque des opérations comme « Rugby pour elles », qui visent à accueillir les jeunes filles et à les inciter à pratiquer. De plus, des distributions de serviettes hygiéniques dans les vestiaires commencent à être mises en place, rendant les clubs plus accueillants.

Pour Faiyza Biscaichipy, bien que des réflexions sur le football féminin existent encore, elle constate une évolution. « Le football féminin évolue petit à petit », affirme-t-elle. Les clubs féminins se multiplient et les grandes compétitions attirent de nouvelles joueuses.

Ana Izoco prône une meilleure écoute des difficultés liées aux douleurs menstruelles et une sensibilisation accrue sur le sujet. Danièle Irazu appelle à une véritable égalité dans les clubs sportifs. « Pourquoi les garçons et pas les filles ? », interroge-t-elle, soulignant que derrière chaque abandon, il y a une joueuse qui aurait souhaité continuer.

Source : MGEN

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