Le « Muskisme » : Une Technocratie Réactionnaire
Quinn Slobodian et Ben Tarnoff analysent le système qu’Elon Musk a contribué à établir, désigné sous le terme de « muskisme ». Ce modèle est décrit comme une « technocratie réactionnaire » qui propose un nouveau contrat social basé sur la « souveraineté par la technologie ». Les auteurs considèrent le muskisme comme un régime de capitalisme distinct tant du modèle fordiste que du néolibéralisme, particulièrement adapté aux néonationalismes du début du XXIe siècle.
Le parcours d’Elon Musk, depuis ses débuts en Afrique du Sud jusqu’à son ascension dans la Silicon Valley avec des entreprises telles que Zip2 et PayPal, est central dans cette analyse. Les auteurs soulignent que le muskisme repose sur un « techno-utopisme » des années 1990 et une « symbiose avec l’État », visant à rendre ce dernier dépendant des entreprises privées. Ce modèle rejette la compétition au profit du monopole. Dès les années 2000, des entreprises comme SpaceX et Tesla adoptent des stratégies d’intégration verticale, se positionnant en opposition à une mondialisation représentée par des entreprises comme Apple, qui privilégient l’externalisation et la délocalisation.
Cependant, bien que le muskisme se présente comme un modèle futuriste, il est perçu comme essentiellement réactionnaire. La promesse de « liberté » et de « souveraineté » par la technologie s’accompagne d’une préoccupation pour les hiérarchies, les frontières, le natalisme et la lutte contre ce que certains appellent le « virus woke ». En se distinguant du fordisme, qui promettait une élévation des niveaux de vie par la consommation, le muskisme semble incarner un nouveau régime capitaliste post-néolibéral, tout en ravivant des idéologies inégalitaires et racialement discriminatoires, évoquant un social-darwinisme ancien.
Source : Quinn Slobodian et Ben Tarnoff.

