Fermeture d’une briqueterie centenaire près de Toulouse : colère des salariés exprimée.

REPORTAGE.

« On pensait finir notre carrière ici, comme les anciens avant nous » : près de Toulouse, la colère des salariés s’exprime face à la fermeture d’une briqueterie centenaire

Ce mardi 15 septembre au matin, les salariés de la briqueterie Bouyer-Leroux se sont rassemblés au rond-point d’accès à la rocade, entre Pibrac et Colomiers (Haute-Garonne), pour distribuer des tracts sous le concert des klaxons. Menacée par un plan social brutal, cette communauté d’ouvriers refuse de disparaître dans l’indifférence. Face à la fermeture définitive de l’usine, ils dénoncent le manque d’investissements et l’attitude d’une Scop jugée « bien loin de ses valeurs humaines ».

Sous un flot incessant de véhicules s’engageant dans les bouchons du matin sur la nationale 124, quelques coups de klaxon solidaires résonnent. À la marge du rond-point, une trentaine d’employés de la briqueterie Bouyer Leroux, sur les 43 menacés de licenciement, distribuent des tracts aux automobilistes. Une amertume profonde domine parmi les manifestants, après l’annonce brutale, en juin dernier, de l’arrêt complet et définitif de la production sur le site historique.

« On pensait finir notre carrière ici, comme les anciens avant nous », glisse Jean-Philippe Maccagnau, délégué suppléant du syndicat Unsa. Dans ce site centenaire, mieux connu sous le nom de Gélis, le travail s’est souvent transmis de père en fils. Pourtant, d’ici la fin de l’année, le complexe industriel de plus de 40 hectares devrait laisser place à un simple dépôt logistique, ne conservant que 11 emplois.

Les manifestants soulignent un « choix stratégique délibéré ». Bien que la crise du bâtiment et l’effondrement du marché de la construction, qui a connu une baisse de 40 % en trois ans, soient indéniables, la gestion par le groupe suscite une incompréhension totale. « Depuis le rachat par la Scop, les investissements majeurs ont été réalisés sur d’autres usines du groupe, mais pas ici », regrette Jérôme Teyssedre, représentant Unsa.

Autre motif de colère : la suspension brutale de l’activité alors qu’un accord APLD-R (Activité Partielle de Longue Durée-Rebond) courait jusqu’en 2028. « L’État finance des aides pour maintenir l’emploi et, en parallèle, la direction valide un plan social alors que le groupe fait 15 millions d’euros de bénéfices nets. C’est aberrant ! », dénonce Franck Roudy, délégué central FO. Pour Nathalie Hans, membre de la commission de négociation, « le contrat de confiance est rompu ».

Alors que la fin de la procédure du Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) est fixée au 16 octobre et que les lettres de licenciement devraient tomber dans la foulée, les représentants du personnel multiplient les allers-retours vers le siège, à Cholet. « La priorité dans le plan social, c’est de reclasser. Mais pas à n’importe quel prix », insiste Nathalie Hans. « La plupart des employés ont été formés sur le tas ici. Beaucoup sont peu qualifiés et repartir au Smic après 20 ou 30 ans de maison va être un drame. »

Ce mardi, la distribution de tracts visait à sortir de l’invisibilité alors que le site est déjà à l’arrêt. Malgré la douleur d’un gâchis social et patrimonial, les salariés gardent une cohésion intacte. « On est attachés à notre usine. Si demain on nous dit qu’on reprend, on y va tous. Mais ça n’arrivera pas. »

La réponse de la Scop Bouyer-Leroux : Pierre-Alexandre Cheminel, directeur général adjoint, a déclaré : « Nous comprenons l’inquiétude des salariés. Nous avons ouvert 72 postes au sein du groupe, qui ont été proposés aux salariés concernés. Les négociations se poursuivent pour accompagner tout le monde dans les meilleures conditions possibles. »

Source : La Dépêche.

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