Une guerre culturelle : livres censurés et enseignement du climat menacé aux États-Unis
San Antonio (États-Unis), correspondance
Aux États-Unis, l’enseignement du réchauffement climatique est devenu un sujet de controverse majeur. Depuis que Donald Trump a dénoncé ce qui était perçu comme un « endoctrinement » en 2017, l’enseignement du climat est devenu un nouveau front de la guerre culturelle, selon Glenn Branch, directeur adjoint du National Center for Science Education (NCSE), une organisation qui défend l’enseignement des sciences.
Branch souligne que « les salles de cours sont devenues des champs de bataille » politiques et culturels, notamment dans le système éducatif K-12 (écoles, collèges et lycées), mais aussi dans les universités, avec une tentative d’édulcorer la façon dont le sujet est abordé dans les programmes.
Des manuels censurés en Floride
En l’absence d’un système scolaire national, les élèves américains sont confrontés à des approches très variées selon les États. Alors que le réchauffement climatique est intégré dans les référentiels scientifiques, son enseignement varie considérablement entre les 13 300 districts scolaires du pays. Un rapport publié en juin 2025 par le Yale Program on Climate Change Communication (YPCCC) indique que 78 % des électeurs inscrits estiment que « les écoles devraient enseigner aux enfants les causes et les conséquences du réchauffement climatique, ainsi que les solutions possibles ».
En Floride, le département de l’Éducation a demandé à plusieurs éditeurs de manuels scolaires de réviser leur contenu concernant le climat. Une enquête récente de la radio WUSF et du média spécialisé dans l’éducation The Hechinger Report révèle que certains ouvrages remplacent le terme « changement climatique » par « modifications de l’environnement », tout en omettant des références à son origine humaine et au pouvoir politique et économique de l’industrie des combustibles fossiles.
Une lycéenne de la banlieue de Miami, qui a requis l’anonymat, a déclaré que « le changement climatique finit par ressembler à une catastrophe sans origine réelle, comme si elle était tombée du ciel ». Elle a également mentionné que près d’un tiers de sa classe adhère aux théories conspirationnistes selon lesquelles le réchauffement climatique serait « un canular ou une invention politique ».
Cours sur le climat retirés
Des établissements comme Texas A&M ont également décidé de retirer les cours sur le climat et l’environnement du tronc commun, les jugeant non « fondamentaux et essentiels » selon la loi texane SB 37 de 2025. Judy Dickey, enseignante au département des sciences de l’atmosphère, déplore que ces cours deviennent « une simple option sans importance » à partir de la rentrée 2027.
Crainte d’accusations de militantisme
Malgré le consensus scientifique sur le changement climatique, certains responsables politiques continuent de contester l’importance de cet enseignement. Par exemple, en janvier, des républicains de l’Oklahoma ont qualifié l’enseignement du climat de « contestable », bien que leur projet de loi n’ait pas été adopté. Cette incertitude pousse certains enseignants à éviter d’aborder le sujet en classe, par crainte d’accusations de militantisme politique.
Des organisations comme le Cleo Institute en Floride tentent de soutenir les enseignants en leur fournissant des ressources pédagogiques et en sensibilisant les élèves aux enjeux climatiques.
Des États adoptent des approches opposées
Alors que la Floride et le Texas rendent l’enseignement du réchauffement climatique plus difficile, d’autres États comme le New Jersey encouragent un enseignement interdisciplinaire du climat. Depuis 2020, des cours d’espagnol incluent des séquences sur la migration des colibris, abordant les effets du réchauffement climatique. À New York, des enseignants adoptent des approches de science citoyenne, incitant les élèves à créer des jardins potagers pour mieux comprendre leur environnement.
Pour ces enseignants, un bon enseignement sur le réchauffement climatique doit être actif, interdisciplinaire, social et ancré localement, permettant aux élèves de réfléchir sur leur impact et leurs actions futures.
Source : Reporterre

