Les Français sont-ils vraiment écartés des logements sociaux comme l’affirme Marine Le Pen ?
Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National, a récemment exprimé son souhait de « prioriser » l’accès des Français au parc social lors de son discours de rentrée, le 13 septembre à Hénin-Beaumont. Elle a proposé d’instaurer une « priorité nationale » dans l’attribution des logements sociaux, affirmant qu’il est « intolérable que les Français soient écartés du bénéfice du logement à faible loyer ». Mais cette assertion soulève des questions sur la réalité de l’accès au logement social pour les Français et les étrangers.
Le débat a été alimenté par des chiffres du ministère de l’Intérieur, qui indiquent qu’en 2022, 30% des immigrés vivant en France occupaient un logement HLM, contre 11% des non-immigrés. Cependant, cette surreprésentation ne signifie pas nécessairement que les étrangers sont favorisés lors de l’attribution des logements.
Contexte factuel
Selon le ministère, cette situation pourrait être due à des revenus plus faibles et à une taille de ménage plus importante parmi les immigrés. D’après les dernières données de l’Union Sociale pour l’Habitat (USH), 16% des locataires du parc HLM sont nés à l’étranger, un chiffre légèrement supérieur à leur proportion dans la population générale, qui est de 14% en 2025 selon l’INSEE.
Les critères d’attribution des logements sociaux incluent le niveau de revenus, la composition du ménage et l’urgence sociale. La nationalité n’est pas un critère : le Conseil constitutionnel affirme que le principe d’égalité devant la loi s’applique également aux étrangers.
Données ou statistiques
Les statistiques montrent que, pour l’année 2024, les demandes de logements sociaux déposées par des étrangers ont abouti moins souvent que celles des Français. Selon l’USH, 14% des demandes françaises ont été satisfaites, contre 13% pour les étrangers non européens en situation régulière et 12% pour les ressortissants européens.
De plus, un rapport publié par le Défenseur des droits en mars 2025 indique que les demandeurs les plus pauvres, incluant les étrangers, sont souvent désavantagés dans l’accès au logement social. Les ménages issus de l’immigration attendent plus longtemps pour obtenir un logement. Un rapport de 2007 avait déjà mis en évidence des délais d’attente plus longs pour ces ménages, avec 28% d’entre eux attendant plus de trois ans.
Dans son discours, Le Pen a également mentionné que 70% des Français sont éligibles au parc social, mais seulement 11% en bénéficient. En réalité, ce chiffre chute à 37% si l’on exclut les propriétaires de leur résidence principale.
Conséquence directe
Le nombre de demandes de logements sociaux a considérablement augmenté, atteignant 2,9 millions de dossiers en attente en 2026. La rotation dans le parc social reste faible, à 7%, ce qui complique encore davantage l’accès au logement pour les ménages à faibles revenus, qu’ils soient Français ou étrangers.
Source : BFM TV, Union Sociale pour l’Habitat, INSEE.

