Pineau d’Aunis : un vieux cépage qui n’a pas dit son dernier mot
Les cépages oubliés reviennent sur le devant de la scène. En Centre-Val de Loire, ils sont plus d’une vingtaine à faire l’objet d’un travail de recensement et de sauvegarde. Parmi eux, le Pineau d’Aunis est sans doute celui qui raconte le mieux cette étonnante renaissance.
Fié gris, Gascon, Genouillet, Lignage, Meslier Saint-François. Ces noms de cépages sont souvent méconnus. Au fil des décennies, ils ont été progressivement délaissés au profit d’une poignée de variétés dominantes. En Centre-Val de Loire, un travail de recensement et de sauvegarde est en cours, visant à redonner une place à ces cépages oubliés dans le vignoble régional.
Le terme « cépages anciens » est en réalité trompeur. Selon François Bonhomme, coprésident de l’URGC (Union pour les ressources génétiques du Centre-Val de Loire), il n’existe pas de catégorie officielle pour ces cépages. On parle plutôt de cépages oubliés ou patrimoniaux, des variétés autrefois cultivées qui sont devenues très minoritaires.
Le paysage viticole français a été profondément affecté par le phylloxéra à partir des années 1860, entraînant une reconstitution du vignoble qui a favorisé certaines variétés au détriment d’autres. Aujourd’hui, la diversité des cépages a été fortement réduite, la proportion des cépages rares étant tombée à moins de 5 % du vignoble régional, alors qu’en 1958, ils représentaient plus de la moitié.
La région Centre-Val de Loire compte actuellement 22 cépages rares authentifiés, dont le Pineau d’Aunis. En 1958, ce cépage représentait environ 1 741 hectares en France, tandis qu’en 2023, sa superficie a chuté à environ 440 hectares, dont 271 hectares dans cette région. Ce déclin aurait pu le condamner, mais il a trouvé refuge dans certains secteurs, comme la vallée du Loir et le Vendômois.
À Thoré-la-Rochette, Pierre-François Colin, vigneron, cultive près de la moitié de ses 28 hectares en Pineau d’Aunis. Malgré une perte de rendement de près d’un tiers en raison des canicules, il souligne la résilience de ce cépage face aux conditions climatiques extrêmes. Son père, qui a replanté le cépage dans les années 1980, avait compris l’importance de relancer cette variété.
Le Pineau d’Aunis se distingue par son caractère poivré et sa fraîcheur, ce qui le rend facilement identifiable pour les consommateurs. Aujourd’hui considéré comme un symbole de la diversité viticole, il représente environ 270 hectares dans la région. Toutefois, ce retour reste fragile, et d’autres cépages rares continuent de diminuer. Le vignoble du futur devra s’orienter vers une plus grande diversité pour faire face aux défis climatiques.
Source : URGC

