Les clients sont curieux de déguster un vin différent
Avec le réchauffement climatique, de plus en plus de vignerons corses se tournent vers d’anciens cépages insulaires, plus résistants aux fortes chaleurs. Pour apprivoiser ces cépages oubliés, ils bénéficient de l’expertise du CRVI, qui concentre notamment son action sur l’adaptation de la filière vin au réchauffement climatique.
Cette année, les vendanges ont débuté beaucoup plus tôt, début août, en raison de la chaleur. Sur les vignes, il ne reste quasiment plus de raisins. Josée Vanucci, viticultrice, évoque le carcajolo bianco qu’elle a découvert : « Il n’est pas trop sucré et conserve de l’acidité ». Elle a planté des « collections », des cultures miniatures de cépages anciens, pour observer leur comportement.
Le Paga Debiti, un vin autrefois mal considéré, montre aujourd’hui des qualités intéressantes. Josée Vanucci explique qu’il accumule peu de sucre, ce qui, associé à un Vermentinu, permet de tempérer l’impact du climat sur la qualité du vin.
La Corse a toujours été une terre viticole, mais l’arrivée des rapatriés d’Algérie a conduit à la disparition de nombreux cépages minoritaires. Pour Vanucci, cultiver ces cépages oubliés est une démarche de « riacquistu », une réappropriation des terres par les vignerons corses.
Depuis 1982, le CRVI a redécouvert trente-trois cépages insulaires. Une vingtaine a été remise au goût du jour. Selon Nathalie Uscidda, directrice générale du CRVI, ces cépages peuvent diversifier la culture du vin et sont adaptés au réchauffement climatique.
Trois cépages, le Genovese, le Riminese et le Cualtarellu, se distinguent par leur acidité, essentielle pour l’équilibre et la conservation du vin, comme l’explique Fanny André, ingénieure agronome et œnologue pour le CRVI.
Sur le domaine de Josée Vanucci, des vins issus d’assemblages de cépages classiques et anciens sont proposés, mais ceux à base de Genovese ou Ministrellu ne peuvent pas bénéficier de l’appellation d’origine contrôlée. Elle estime que les cahiers des charges doivent évoluer.
Malgré cela, la clientèle, tant nationale qu’internationale, montre un intérêt croissant pour ces cépages atypiques. Josée Vanucci souligne que les consommateurs recherchent des expériences gustatives uniques, loin des produits standardisés.
Les effets du réchauffement climatique sur la culture du vin sont multiples, notamment l’apparition de nouveaux prédateurs. Les vignerons explorent également d’autres solutions, comme l’utilisation de terroirs en altitude ou d’ombrières pour protéger les vignes.
Source : France 3 Corse ViaStella.

