Les échecs de la démocratisation culturelle entraînent une réduction des financements dans le secteur culturel.

Les échecs de la « démocratisation culturelle », un prétexte pour moins financer la culture

Les échecs de la « démocratisation culturelle » : un coup dur pour le Pass culture

En 2025, le Pass culture, emblème des politiques de démocratisation culturelle mises en place par Emmanuel Macron, a subi une réduction significative de son budget. Les 300 euros initialement alloués aux jeunes de 18 ans pour des activités culturelles ont été diminués de moitié. De plus, la part destinée aux jeunes de 15-16 ans a été entièrement supprimée, tandis que celle des 17 ans est passée de 100 à 50 euros.

Cette décision fait suite à une évaluation de la Cour des comptes et de l’Inspection générale des affaires culturelles, qui ont conclu que le dispositif ne remplissait pas son objectif de « démocratisation des pratiques culturelles ». En effet, bien que 84 % des jeunes de 18 ans et plus aient activé leur pass, seulement 68 % des jeunes issus de classes populaires l’ont fait.

Parallèlement, le budget alloué à la culture a diminué de 150 millions d’euros au niveau de l’État et dans de nombreuses collectivités territoriales. Des coupes budgétaires avaient déjà été réalisées par des présidents de régions, comme Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes et Christelle Morançais dans les Pays de la Loire.

Critiquer une culture perçue comme élitiste est devenu un argument politique pour certains partis de droite. Victorien Bornéat, conseiller en cabinet et auteur de l’essai L’exclusion culturelle. Manifeste pour une riposte populaire, souligne que la culture a perdu son « totem d’immunité ».

L’auteur identifie une tension croissante entre « la vie culturelle des gens » et « le logiciel culturel de l’État », qui privilégie encore la démocratisation culturelle.

Des évolutions défavorables

La démocratisation culturelle, conçue comme un objectif fondamental du ministère de la Culture depuis 1959 par André Malraux, vise à rendre accessibles les œuvres majeures au plus grand nombre. Cependant, cette politique a été critiquée pour son incapacité à promouvoir des pratiques culturelles enracinées localement. L’ambition initiale de créer des espaces de rencontre entre chefs-d’œuvre et public n’a pas abouti, et les détracteurs estiment que la démocratisation culturelle a échoué.

Une étude de la fondation Art Explora révèle que la fréquentation des musées et expositions a chuté de 62 % à 43 % entre 2017 et 2025, tandis que celle du cinéma est passée de 77 % à 57 %. Environ 20 % des personnes interrogées ont déclaré n’avoir effectué aucune sortie culturelle au cours des douze derniers mois.

La fréquentation des lieux culturels est en baisse constante et les inégalités sociales et territoriales sont de plus en plus marquées.

Les inégalités sociales et territoriales se reflètent dans ces chiffres. Alors que 43 % des Français ont visité un musée ou une exposition dans l’année, ce chiffre grimpe à 59 % dans les catégories aisées et chute à 38 % pour les catégories modestes. De plus, 52 % des habitants de l’agglomération parisienne ont visité un musée, contre seulement 37 % dans les communes de moins de 20 000 habitants.

Sur le long terme, les enquêtes pluriannuelles du ministère de la Culture montrent également une tendance défavorable. En 1973, les cadres étaient 1,6 fois plus enclins à se rendre au musée que les employés et ouvriers ; en 2018, ce rapport est monté à 2,5.

Victorien Bornéat attire aussi l’attention sur les limites du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem). Situé dans un arrondissement où le taux de pauvreté atteint 39 %, cet établissement a accueilli seulement 2 % de visiteurs des quartiers nord de Marseille.

Diversification des pratiques

Cependant, il serait réducteur de considérer les politiques culturelles comme un échec total. Des enquêtes pluriannuelles menées depuis 1973 par le ministère de la Culture montrent une diversification des pratiques culturelles. En 2018, 43 % des Français avaient assisté à un spectacle vivant, contre 33 % en 1973.

Bien que la dernière enquête date de 2018, et qu’il soit incertain que la fréquentation des salles de cinéma ait augmenté depuis, des tendances positives demeurent. Par exemple, la proportion de Français écoutant quotidiennement de la musique enregistrée est passée de 9 % en 1973 à 57 % en 2018, favorisée par l’essor des plateformes de streaming.

La notion de démocratisation culturelle mérite d’être revisitée. Bien que 80 % des crédits culturels de l’État aillent toujours aux grands établissements patrimoniaux, le ministère a également promu des pratiques culturelles populaires, comme le hip-hop et la musique contemporaine, qui sont désormais largement reconnues.

Dans un contexte où les inégalités économiques et sociales se creusent, les politiques culturelles restent cruciales. Elles financent des équipements comme les bibliothèques et médiathèques, qui sont essentiels pour les jeunes et les familles à faibles revenus.

Enfin, des initiatives comme le « plan fanfare » de 2021, qui a permis à 900 ensembles musicaux en milieu rural de renouveler leurs instruments, montrent qu’il est possible d’encourager les pratiques culturelles amateurs. Entre 1973 et 2018, la part des personnes de 15 ans et plus pratiquant un art en amateur a augmenté de 30 % à 39 %.

En conclusion, malgré des défis évidents, les politiques culturelles en France continuent d’évoluer et de s’adapter aux nouvelles réalités sociales.

Source : Fondation Art Explora, ministère de la Culture

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