Prévenus rejugés, plusieurs millions d’euros d’indemnisation pour les victimes : ce que l’on sait des nouveaux développements dans la vaste escroquerie immobilière Apollonia
Victimes de la plus grosse arnaque immobilière en France, les 762 investisseurs floués de la société Apollonia bénéficient des premiers jugements d’indemnisation, et espèrent éponger partiellement leurs dettes, estimées à plusieurs dizaines de millions d’euros. Les auteurs de l’escroquerie, actuellement emprisonnés, seront rejugés au printemps 2027.
À la caserne du Muy à Marseille, la salle des Procès Hors Normes (PHN) accueillera le nouveau procès de Jean et Viviane Badache, instigateurs présumés de la plus vaste escroquerie immobilière jamais dévoilée en France. Ce procès se déroulera du 1er mars au 16 avril 2027. Le couple a fait appel de sa condamnation en première instance à sept ans de prison et 2,5 millions d’euros d’amende, ainsi qu’à la confiscation de biens familiaux estimés à 20 millions d’euros, comprenant deux maisons à Cassis et Marrakech et un appartement à Peynier.
Benjamin, leur fils, a également été condamné à 4 ans de prison, dont un ferme, et à une amende de 100 000 euros.
Avec un préjudice total approchant le milliard d’euros, les époux Badache sont désormais indissociables du scandale immobilier Apollonia. Pendant 12 ans, leur société a vendu des biens locatifs à des investisseurs cherchant à défiscaliser leurs impôts, leur promettant des opérations rentables qui se sont révélées illusoires. La majorité des acheteurs n’ont reçu qu’une petite partie des loyers promis, tandis qu’Apollonia accumulait des crédits à leur nom pour compenser les manques à gagner. Près de 84 % des ventes ont fait l’objet de plaintes.
Dix-huit ans après le début de la procédure, les investisseurs ont enfin pu faire valoir leurs droits à réparation. Parmi eux figurent des médecins, pharmaciens, chirurgiens et chercheurs, souvent ciblés par les Badache. Les investissements variaient de quelques milliers à plusieurs millions d’euros, et beaucoup ont vu leur vie basculer en raison des dettes. Selon Maître Cécile Pion, avocate de près de deux cents victimes, certains sont en ndettement, d’autres ont subi des saisies sur leurs revenus ou sont en liquidation judiciaire. Depuis le début de l’affaire, trois victimes se sont suicidées.
Lors d’une audience civile au tribunal de Marseille, qui a eu lieu le 14 septembre, les juges ont accordé des indemnisations à environ deux tiers des premières victimes, tandis qu’un tiers a été débouté pour préjudice insuffisamment justifié. Les indemnisations, au titre de préjudice moral et économique, vont de 34 000 euros à près de 600 000 euros, pour un total d’environ 3,4 millions d’euros.
La mécanique de l’escroquerie a également impliqué plusieurs banques et notaires, qui ont accordé des prêts sans respecter les précautions réglementaires. Les établissements bancaires, considérés comme témoins assistés, ont échappé aux poursuites. En mars 2026, une audience sur les intérêts civils a permis à certaines banques de récupérer 95 millions d’euros, une avance sur ce que devra rembourser le couple Badache.
Après 18 ans, les investisseurs floués continuent de lutter pour faire exécuter les décisions de justice permettant leur indemnisation. Maître Pion souligne l’objectif de « retourner au point zéro », c’est-à-dire retrouver la situation d’avant l’achat des biens immobiliers concernés par l’escroquerie.
Article écrit avec les informations d’Arnaud Delayre et Emmanuel Zini, journalistes à France 3 Provence-Alpes.

