Un Vignoble Urbain Pour Tous à Outremont
Au cœur de la métropole, des citoyens cultivent des vignes sur le site d’une ancienne gare de triage appartenant à l’Université de Montréal (UdeM). Si tout se déroule comme prévu, la première production de vin est attendue pour l’année prochaine.
Entouré de bâtiments industriels, ce petit vignoble se trouve entre la voie ferrée, une route fréquentée et la voirie. Malgré ce cadre peu bucolique, Étienne Gagnon, un monteur vidéo, s’y rend chaque semaine pour entretenir les vignes. « Il y a toujours quelque chose à faire, raconte-t-il. Je termine la vendange en vert : j’ai coupé les grappes pour concentrer l’énergie de la plante dans les racines. Je veux avoir de beaux raisins l’an prochain. »
Gagnon produit du vin chez lui depuis trois ans, utilisant des raisins indigènes de l’île et des grappes provenant de vignobles des Cantons-de-l’Est. Lorsqu’il a découvert des pieds de vigne dans un jardin collectif, il a contacté les responsables du lieu.
L’espace, d’une superficie d’un hectare et demi, est dédié à l’agriculture urbaine et à la sécurité alimentaire depuis dix ans. Des arbres fruitiers, des légumes et des fines herbes y sont cultivés chaque année. Alexandre Beaudoin, conseiller en biodiversité à l’unité du développement durable de l’UdeM, gère le jardin collectif et a accueilli avec enthousiasme l’idée d’implanter un vignoble.
« C’est un site qui n’intéressait personne. C’est sur le bord du chemin de fer. Il y a du gravier. Mais la vigne, elle, elle aime ça », souligne-t-il. Avant de donner le feu vert au projet, Beaudoin a fait analyser les vins produits par Gagnon pour évaluer les risques pour la santé. Les tests n’ont révélé aucun danger, permettant ainsi la poursuite du projet.
En mai 2025, 40 pieds de vigne ont été plantés avec le soutien financier de l’Université. Beaudoin et Gagnon ont collaboré avec Véronique Lemieux, vigneronne et instigatrice du projet « Vignes en ville », qui possède une expertise en viticulture urbaine.
Le micro-vignoble a rencontré des défis, tels que le vol de matériel et la présence de lapins à queue blanche qui ont grignoté les jeunes pousses. « Le vol de matériel en agriculture urbaine, c’est assez fréquent », déclare Beaudoin. Malgré ces imprévus, les vignes ont produit des grappes, un succès pour leur deuxième année.
Les variétés choisies, comme le Frontenac gris et le Marquette, sont réputées pour leur résistance au froid et aux maladies. « Il faut un entretien minimal pour que les bénévoles puissent facilement s’en occuper », précise Lemieux.
Actuellement, le micro-vignoble ne reçoit plus de soutien financier. Les trois responsables pratiquent l’économie circulaire avec d’autres organismes présents sur le site. Ils utilisent, par exemple, des ballots de paille pour le paillage.
Si tout se passe comme prévu, le trio espère vinifier sa première cuvée l’an prochain, en assemblant les quatre cépages. Cependant, avec seulement 40 pieds de vigne, la production ne dépassera pas une quarantaine de bouteilles.
« Des bouteilles seront peut-être vendues par l’Université, ou elles seront servies au dîner du recteur », indique Beaudoin. Même si la quantité produite sera limitée, son impact sur la communauté sera significatif, selon Lemieux. « C’est le seul projet de viticulture urbaine accessible au public. Les gens peuvent venir ici, ils peuvent s’impliquer. »
Cette initiative permet aux citoyens de devenir des vignerons urbains, renforçant ainsi le lien entre la communauté et l’agriculture urbaine.
Source : La Presse

