Mésinformation climatique : 452 cas relevés dans les médias français entre janvier et juin.

Canicules relativisées et débats sur la climatisation : 452 cas de mésinformation climatique à la télé et à la radio entre janvier et juin
CNews diffuse toujours plus d’un cas de mésinformation par heure d’information sur le climat. © Capture d’écran CNews

Avec les canicules de cet été, la «mésinformation climatique» a explosé sur les chaînes de télévision et à la radio. Ce terme désigne les séquences au cours desquelles une contre-vérité sur le climat est prononcée à l’antenne sans être corrigée par un journaliste dans les deux minutes qui suivent. Ces mésinformations sont récurrentes pendant les évènements climatiques extrêmes ou lorsque les questions environnementales s’imposent dans l’actualité. Du 5 janvier au 5 juillet 2026, l’Observatoire des médias sur l’écologie (OME) a recensé 17 cas de mésinformation climatique par semaine dans les programmes d’information des médias audiovisuels français.

L’OME, composé notamment de Quota Climat, Expertises Climat, Data for Good et Science Feedback, publie ce lundi son bilan du traitement médiatique des enjeux environnementaux au premier semestre 2026, que Vert révèle en exclusivité. L’Observatoire a passé au crible les programmes d’information liés au climat de 18 médias audiovisuels.

En six mois, 452 séquences problématiques ont été recensées à la télévision et la radio. C’est 28% de plus qu’au premier semestre 2025, lorsque 353 cas avaient été identifiés. Pour l’Observatoire, cette progression traduit une «ampleur inédite» de la mésinformation climatique dans les médias tricolores. Une évolution que la secrétaire générale de Quota Climat, Eva Morel, explique par «une polarisation de plus en plus forte autour des questions environnementales». Celles-ci se sont imposées dans le paysage médiatique en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, en particulier à cause du blocage du détroit d’Ormuz en mars, et des canicules de cet été.

La crise climatique est instrumentalisée par certains acteurs politiques

60 cas de mésinformation ont été recensés entre le 25 et le 31 mai, puis 80 entre le 22 et le 28 juin. Ces deux semaines figurent parmi les trois périodes ayant concentré le plus de cas depuis le lancement de l’Observatoire, en novembre 2024. Trois médias audiovisuels sont champions dans la production et la diffusion de ces contenus erronés : CNews, Europe 1 et Sud Radio, qui diffusent toujours plus d’un cas de mésinformation par heure d’information sur le climat.

«À me que la crise climatique progresse, elle est instrumentalisée par certains acteurs politiques, pointe Eva Morel. Ils tentent de se positionner sur les questions environnementales sans modifier le reste de leurs programmes. Mais comme on ne peut pas faire rentrer des carrés dans des ronds, ça ne fonctionne pas. Ils sont obligés d’utiliser des arguments infondés, sans contexte ou totalement faux.»

En parallèle, la couverture médiatique de l’environnement progresse légèrement dans l’audiovisuel. Entre janvier et juin, les sujets liés au climat ont représenté 5,3% des contenus d’information diffusés, contre 4,9% sur la même période en 2025. Une hausse largement portée par l’actualité.

«Les canicules sont traitées comme un fait divers»

Pendant les deux premières canicules, en mai et juin, on pouvait entendre ou lire des discours relativisant l’intensité ou la fréquence des épisodes de chaleur. Et ce malgré les données scientifiques à disposition. Le 27 mai, invité sur CNews, le journaliste du Journal du Dimanche (JDD) Raphaël Stainville a déclaré qu’«il ne faut pas non plus, sur la base de ces fortes chaleurs, qui sont des phénomènes météorologiques, en déduire des conclusions climatiques».

Une rhétorique reprise moins d’un mois plus tard par Luc Ferry, chroniqueur et éditorialiste sur LCI, qui s’est exclamé : «On ne va pas atteindre 44 à Paris ; à Paris, ça sera moins qu’en 2019. Donc on ne peut pas dire que c’est nouveau et qu’on n’a jamais vu ça, ce n’est pas vrai. Et n’oubliez pas qu’en 1976 c’était incroyable aussi.»

Le traitement médiatique des canicules peine aussi à s’éloigner d’un constat très alarmiste. «Les canicules sont traitées comme un fait divers qui attire l’attention médiatique», remarque Eva Morel. Elles ne font pas émerger les discours scientifiques qui amènent à des solutions.

La part des séquences qui mentionnent le changement climatique lors des fortes chaleurs a progressé, passant de 33% en 2023 à 42% cette année. Dans le même temps, la proportion de passages évoquant ses causes – notamment la combustion des énergies fossiles et les émissions de gaz à effet de serre associées – a été divisée par deux entre les épisodes de mai et de juin, passant de 14 à 7%.

Le même déséquilibre se retrouve dans le traitement de l’adaptation au changement climatique. Cette thématique occupe une place beaucoup plus importante dans les médias : elle représentait environ 20% des séquences consacrées aux canicules en 2023, contre près de 50% lors du deuxième épisode de 2026. Mais l’adaptation est avant tout racontée à travers des réponses immédiates et individuelles – ombre, climatisation, ventilateurs, hydratation – tandis que les réponses structurelles restent marginales. On parle 24 fois moins de rénovation thermique et de végétalisation que de climatisation.

«Parler de climatisation acte le débat sur l’adaptation, ce qui n’est pas mauvais en soi. Mais ça masque la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre et ça ne permet pas de confronter les dirigeants à leurs responsabilités», estime Eva Morel.

Renforcer la vigilance à l’approche de l’élection présidentielle

Entre janvier et mars, alors que la campagne des élections municipales battait son plein, la couverture environnementale a chuté : de 24% dans l’audiovisuel par rapport à la moyenne de 2025 et de 33% sur les chaînes d’information en continu. En mars, elle ne représentait plus que 2,8% du temps d’antenne : la plus basse couverture depuis la création de l’Observatoire.

Pourtant, comme le souligne Eva Morel : «Ce sont des moments de construction des ambitions des candidats. Mais, lorsque le sujet est moins traité, en particulier dans les interviews, ça n’en fait pas un sujet stratégique.»

À quelques mois de l’élection présidentielle, l’Observatoire redoute que le phénomène se reproduise. Quota Climat espère que les médias tireront les leçons de cet été, en renforçant leur vigilance face à la mésinformation et en interrogeant davantage les candidat·es sur les causes du dérèglement climatique et sur leurs propositions pour y répondre.

Mercredi soir, un débat était organisé sur BFMTV avec le climat pour sujet central. «Un signal positif», pour Eva Morel. Elle nuance : «Il a duré plus de trois heures, avec des experts et des journalistes spécialisés qui posaient des questions. Est-ce que c’est suffisant ? pas. Mais, au moins, il semble y avoir un petit apprentissage de ce qui s’est passé pendant l’été.»

Source : Observatoire des médias sur l’écologie (OME)

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