Tensions croissantes autour du détroit de Bab el-Mandeb, clé de la navigation en mer Rouge.

Le détroit de Bab el-Mandeb, verrou de la mer Rouge, au bord du basculement

La crise énergétique au Moyen-Orient menace le détroit de Bab el-Mandeb

La crise énergétique qui frappe le Moyen-Orient pourrait ouvrir un nouveau front maritime. Après le détroit d’Ormuz, désormais de facto fermé par l’Iran, c’est au tour de Bab el-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge, de se retrouver sous menace. Les Houthis, un mouvement yéménite soutenu par Téhéran, ont pris le contrôle de Mokha, une ville portuaire située à environ 70 kilomètres du détroit stratégique.

Ce développement est préoccupant pour le commerce mondial. En s’emparant de Mokha, les Houthis se rapprochent d’un des principaux carrefours maritimes de la planète. Des sources militaires gouvernementales, citées par Reuters, rapportent également que le mouvement a atteint les îles Hanish, un archipel situé au nord de Bab el-Mandeb. Après la perte de Mokha, les forces gouvernementales et leurs alliés se sont repliés vers Dubab, une ville proche du détroit.

Bab el-Mandeb constitue une porte d’entrée cruciale pour les navires reliant l’Asie à l’Europe. Son importance est d’autant plus accentuée par les perturbations déjà observées dans l’autre grande artère énergétique de la région, le détroit d’Ormuz. Ce passage entre l’Iran et Oman est fermé depuis le début des hostilités, privant ainsi les producteurs du Golfe de certains de leurs débouchés maritimes traditionnels. Un contrôle ou un blocage de Bab el-Mandeb pourrait engendrer un effet de tenaille sur les routes énergétiques, mettant en péril les hydrocarbures du Golfe tant à l’est qu’à l’ouest de la péninsule Arabique.

Le détroit est essentiel pour le transport de pétrole vers l’Europe via la mer Rouge et le canal de Suez, ainsi que pour l’acheminement de matières premières vers l’Asie. Une perturbation durable obligerait les navires à envisager des routes beaucoup plus longues, entraînant des coûts supplémentaires en transport, assurance et carburant. Le marché pétrolier commence déjà à réagir, le Brent ayant dépassé 106 dollars le baril, un niveau inédit depuis mai. Cette escalade intervient alors que les approvisionnements mondiaux sont déjà fortement perturbés par la situation à Ormuz.

Face à cette situation, l’Arabie saoudite a intensifié ses opérations militaires, menant des frappes contre les positions houthis. Riyad n’a cependant pas confirmé ces opérations. Les Houthis, de leur côté, ont déclaré un blocus maritime des ports saoudiens et ont multiplié les attaques contre le royaume, affirmant que leurs opérations étaient défensives.

La bataille pour Bab el-Mandeb prend ainsi une dimension régionale. Pour les Houthis, s’implanter autour du détroit pourrait constituer un levier supplémentaire contre Riyad et ses alliés. Pour l’Arabie saoudite, perdre le contrôle de cette route maritime signifierait voir se refermer une seconde porte de sortie après Ormuz.

Dans ce contexte, le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une réunion d’urgence, l’envoyé spécial pour le Yémen appelant à un engagement actif des membres pour éviter un conflit plus dangereux. Le risque est désormais de voir les deux principales portes maritimes du Golfe devenir des points de pression géopolitiques. Après Ormuz, la menace se déplace vers Bab el-Mandeb, soulevant des interrogations sur les routes par lesquelles le pétrole pourra circuler.

Source : Reuters.

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