On ne peut pas laisser le champ libre : de petites maisons d’édition se créent et entrent en résistance face à Bolloré
Malgré un déclin général de la lecture en France, de nouvelles maisons d’édition émergent, déterminées à offrir une alternative aux grands groupes. À l’occasion de la rentrée littéraire de septembre, les librairies affichent des couvertures inédites de maisons comme Les Intranquilles, Le Cercle ouvert, Blitz, Hardies et Morgen. Ces initiatives visent à élargir l’offre littéraire et à préserver l’indépendance éditoriale.
Le 1er octobre, Olivier Nora, figure emblématique de l’édition, lancera sa propre maison, Olivier Nora Editions, après un départ controversé de Grasset. À 66 ans, il souhaite redémarrer « avec enthousiasme et humilité » pour « publier en toute liberté ». Plusieurs éditeurs, ayant quitté des groupes dominants tels qu’Hachette et Editis, constatent que « peu de maisons d’édition échappent à l’hypercroissance et à la concentration », comme l’affirme Bertrand Py, co-créateur du Cercle ouvert.
Un différend avec Vincent Bolloré
Arnaud Nourry, ancien directeur d’Hachette, souligne l’importance de ne pas laisser le champ libre à des acteurs ayant un agenda politique, surtout dans un contexte où l’édition joue un rôle sociétal croissant. Évincé en 2021 pour ses désaccords avec Vincent Bolloré, Nourry a fondé en 2024 « Les Nouveaux éditeurs » (LNE), qui regroupe neuf petites maisons d’édition.
Viviane du Guiny et Maëva Journo, qui lancent Les Aurores, confirment que LNE leur permet une « indépendance éditoriale totale » tout en gérant la fabrication et la distribution. Les romans de Les Intranquilles sont déjà en lice pour des prix littéraires, tandis que la bande dessinée Terre ou lune, publiée par Morgen, figure parmi les meilleures ventes de l’année.
« On ne lance pas une maison d’édition pour gagner de l’argent »
Olivier Nora décrit le métier d’éditeur comme « un acte de foi dans le temps long », avec une projection de publication de « 30 à 50 titres par an ». Bertrand Py vise à réduire le seuil de rentabilité d’un livre à 2 000 ou 3 000 exemplaires. Christine Cam, fondatrice de Les Etages, insiste sur le défi de maintenir à flot sa maison d’édition, qui se consacre à la montagne et aux grands espaces.
Blitz se positionne comme un « contre-pouvoir éditorial » et publie son premier livre, Le mensonge et la colère, du journaliste Denis Robert. Pendant ce temps, les maisons d’édition traditionnelles cherchent à innover avec de nouvelles collections.
Ces développements soulignent une volonté de résistance face à la concentration croissante du secteur, alors que les nouvelles maisons d’édition s’efforcent de préserver une diversité littéraire indispensable.
Source : La Provence

