Sarajevo, rouge profond – sur Les Serments trahis de Šeila Pohara
Par Cécile Dutheil de la Rochère
Šeila Pohara, née deux ans après la mort de Tito et exilée à l’âge de neuf ans lors de l’éclatement de la guerre en ex-Yougoslavie, livre avec Les Serments trahis un premier roman empreint de nostalgie et de réflexions sur l’identité. Ce récit, adressé à son père décédé à la guerre et à son enfance marquée par la haine, évoque une Yougoslavie disparue à travers une multitude de souvenirs.
Le livre se concentre sur le passé, mêlant folklore et merveilleux à un sentiment de perte. Il s’agit d’une œuvre qui se distingue par son authenticité et ses imperfections, où les répétitions et le désordre deviennent des éléments constitutifs de sa richesse narrative. Pohara décrit son écriture comme une prière romanesque à l’envers, une exploration de ses racines et de son histoire personnelle.
Les Serments trahis constitue un premier roman qui incite à la découverte d’une voix littéraire originale. La langue serbo-croate imprègne le texte, ajoutant une profondeur sonore au français de l’auteure. Certains termes, difficilement traduisibles, témoignent de l’affection et des liens culturels qui l’habitent.
En somme, ce récit est un voyage introspectif dans les méandres de la mémoire d’une femme qui, au fond, n’a jamais quitté Sarajevo.
Source : Cécile Dutheil de la Rochère, AOC Média.

