Les ultras ne désarment pas face à BlueCo
Les banderoles ne parlent plus de résultats sportifs depuis longtemps à la Meinau. Alors que le Racing Club de Strasbourg Alsace traverse une période sportive plutôt encourageante, les groupes de supporters strasbourgeois continuent de mener un combat contre la multipropriété imposée par BlueCo, propriétaire du club depuis l’été 2023 — et, accessoirement, de Chelsea.
Rarement une contestation supportériste n’aura duré aussi longtemps sans montrer le moindre signe d’essoufflement. Depuis le rachat du club alsacien par le consortium mené par Todd Boehly, une partie du public de la Meinau a le sentiment d’assister à une lente dépossession de son identité. Le malaise s’exprime chaque week-end, à travers un rituel devenu presque une signature : un silence organisé lors des quinze premières minutes de chaque rencontre, à domicile comme à l’extérieur.
Un mouvement qui dépasse largement l’Alsace
Cette situation semble plus être le résultat d’une lassitude structurelle que d’un simple coup de colère passager. Les Ultra Boys 90, groupe le plus influent des tribunes strasbourgeoises, ont multiplié les communiqués dénonçant une transformation progressive du Racing en simple filiale de développement au service des intérêts londoniens. Une petite phrase, reprise dans plusieurs de leurs prises de parole, résume bien l’état d’esprit ambiant : BlueCo ne serait, selon eux, jamais vraiment le bienvenu à la Meinau.
Le vestiaire, de son côté, semble avoir appris à composer avec ce climat particulier. Cependant, la fracture dépasse largement les seuls résultats sportifs. Des marches de protestation aux banderoles hostiles — désormais interdites par la direction — en passant par des communiqués de plus en plus offensifs, le mouvement a même traversé la Manche : des supporters strasbourgeois se sont rendus à Londres pour manifester aux côtés des fans de Chelsea, unis dans une même dénonciation du modèle multi-clubs.
Marc Keller, seul face à la contestation
Le président du club, Marc Keller, longtemps perçu comme le sauveur du Racing après la faillite de 2011, se retrouve aujourd’hui en première ligne face à cette fronde. Assumant pleinement sa décision d’avoir vendu le club à BlueCo, il continue de défendre les moyens inédits mis à disposition de l’effectif depuis le rachat — sans parvenir, pour l’instant, à convaincre la frange la plus critique de son public.
Le feuilleton continue, et il ne semble pas près de s’arrêter tant les deux visions s’opposent frontalement : d’un côté, une direction qui vante des investissements sans précédent dans l’histoire récente du club ; de l’autre, des supporters qui y voient la lente disparition de leur patrimoine sportif et populaire.
Reste à savoir si les bons résultats sur le terrain suffiront, à terme, à apaiser les tensions dans les tribunes. Pour l’instant, à la Meinau, le combat contre la multipropriété demeure une affaire qui dépasse largement le seul classement de Ligue 1.
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