La rentrée en Haïti : « Madame, est-ce que vous pouvez arrêter ce que les gangs nous font ? »
La rentrée scolaire en Haïti, marquée par l’espoir de retrouver un semblant de normalité, s’accompagne de craintes face à la violence persistante des gangs. Pour de nombreuses familles, le retour en classe est bien plus qu’un simple événement éducatif. Etzer, père de quatre enfants déplacés, témoigne : « La scolarisation, c’est comme une thérapie pour ces enfants-là. » Cependant, les conditions d’apprentissage demeurent extrêmement difficiles, notamment dans les zones les plus touchées par la violence.
Une rentrée entre espoir et inquiétude
Jasmide, mère de Woodayline, 7 ans, exprime sa joie face à la réouverture des classes, mais souligne les défis auxquels les familles font face, tels que la faim, le chômage et le coût de la scolarité, particulièrement élevé pour les établissements privés. « Nous autres, parents haïtiens, on est pour la réouverture des classes, mais pas dans les conditions infra-humaines que l’on nous impose », déclare-t-elle. Cette inquiétude est partagée par de nombreuses familles déplacées et communautés affectées par l’insécurité.
Geetanjali Narayan, représentante de l’UNICEF en Haïti, rapporte que la demande principale est d’asr aux enfants un accès à l’école sans crainte. « On veut avant tout la sécurité et la continuité de l’éducation », affirme-t-elle.
Quand aller à l’école devient un risque
Les derniers chiffres de l’UNICEF pour l’année scolaire 2024-2025 révèlent que plus de 1.600 écoles ont été affectées par l’insécurité, perturbant la scolarité de plus de 240.000 élèves et de 7.500 enseignants. À Port-au-Prince, où jusqu’à 90 % de la ville est sous le contrôle des gangs, certaines écoles ont fermé, sont devenues inaccessibles ou ont été détruites. D’autres accueillent maintenant des personnes déplacées, augmentant la pression sur les infrastructures scolaires.
Pour de nombreux enfants, le danger commence même avant d’arriver à l’école. « Hier encore, deux jeunes filles ont été kidnappées alors qu’elles étaient en chemin pour l’école, le lendemain de la rentrée scolaire », raconte Mme Narayan. Ces incidents engendrent une peur omniprésente, rendant certains parents réticents à laisser leurs enfants se déplacer seuls.
Garder l’école ouverte malgré la crise
Face à cette situation critique, l’UNICEF accompagne cette année plus de 174.000 enfants dans l’Ouest, le Grand Nord et le Grand Sud d’Haïti. Son soutien inclut la distribution de fournitures scolaires, la création d’espaces d’apprentissage sûrs et le soutien psychosocial. L’agence met également en place des programmes d’apprentissage accéléré pour les enfants qui ont été éloignés de l’école pendant des mois, voire des années.
Les écoles communautaires jouent un rôle essentiel dans les zones où l’accès à l’éducation publique est limité. Cependant, elles doivent souvent faire face à des manques d’infrastructure, de matériel et de financement. L’objectif de l’UNICEF est clair : permettre à un maximum d’enfants de retourner à l’école et d’y rester, tout en assurant que les parents puissent envoyer leurs enfants sans crainte.
Lors du lancement de la rentrée scolaire, Geetanjali Narayan a été frappée par l’enthousiasme des élèves, qui étaient impatients de continuer leur éducation. Dans ce contexte de violence persistante, cette volonté de retourner en classe témoigne d’une résilience face à l’adversité.
Source : UNICEF

