Vingt ans depuis la fusillade au Collège Dawson : « Je ne veux pas qu’on oublie »
Louise De Sousa, mère d’Anastasia De Sousa, tuée lors de la fusillade au Collège Dawson le 13 septembre 2006, répète souvent : « Je ne veux pas qu’on oublie ». Ces mots reflètent le souvenir de sa fille, une jeune femme de 18 ans passionnée de musique, de danse et de mode, qui souhaitait devenir chef d’entreprise.
« Elle avait une joie de vivre vraiment spéciale », se souvient sa mère, qui évoque encore le rire d’Anastasia et l’importance de garder sa mémoire vivante. « Il n’y a pas une journée où on ne parle pas d’elle. J’ai des petites-filles et on leur conte des histoires sur leur tante Anastasia », ajoute-t-elle.
Le dernier matin où Louise a vu sa fille, elle lui a proposé de l’accompagner à l’école, mais Anastasia a décliné. Louise se demande souvent ce qui se serait passé si sa fille avait décidé de manquer les cours ce jour-là. « Où en serait-elle dans sa vie professionnelle ? Serait-elle mariée ? Aurait-elle des enfants ? » Ces questions la hantent encore.
Mme De Sousa a appris la fusillade alors qu’elle dînait au travail. Elle a tenté de joindre sa fille sans succès et s’est rendue à l’hôpital, où elle a appris que des blessés y étaient transportés. Ce n’est qu’à 21 heures qu’elle a reçu la confirmation du décès d’Anastasia. « Ce soir-là, quand nous sommes rentrés à la maison, je me souviens que nous pleurions tous. J’attendais que la porte s’ouvre pour qu’elle dise : « Maman, je suis là. » »
Transformer le deuil en engagement
Pour Louise De Sousa, ne pas oublier signifie également penser aux 19 victimes blessées ce jour-là, dont certaines souffrent encore de problèmes de santé. Elle entretient des liens étroits avec des survivants et a commémoré le 20e anniversaire de la tragédie lors d’une cérémonie émotive.
Elle souhaite également rappeler les circonstances qui ont conduit à ce drame : un tireur possédant trois armes acquises légalement, qui a ouvert le feu sur des étudiants avant de se donner la mort après avoir été touché par la police. « Nous devons essayer de faire mieux », insiste-t-elle.
Louise De Sousa a surmonté son deuil non seulement grâce au soutien de sa famille et des psychologues, mais aussi en s’engageant pour un meilleur contrôle des armes à feu. Elle a rejoint PolySeSouvient, un groupe militant pour le contrôle des armes, fondé après le massacre de l’École Polytechnique de Montréal en 1989.
En septembre 2008, deux ans après la fusillade, le Québec a adopté la loi Anastasia, interdisant la possession d’armes à feu dans les établissements scolaires, les garderies et les transports publics. Cependant, elle souligne que la législation sur les armes à feu dépend principalement du gouvernement fédéral, et que les progrès sont trop lents.
Respecter les promesses sur les armes à feu
Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre Mark Carney, signée avec plusieurs survivants, Mme De Sousa a noté des avancées, comme l’interdiction d’armes d’assaut et le gel des ventes d’armes de poing. Cependant, elle appelle à respecter des engagements essentiels concernant la sécurité publique, notamment la relance du programme de rachat d’armes d’assaut, dont moins de la moitié ont été retirées, ce qui représente un « risque inacceptable pour la sécurité publique ».
Les signataires de la lettre dénoncent également la prolongation de l’amnistie pour les propriétaires d’armes à feu interdites et l’accessibilité continue d’armes comme le fusil SKS, lié à des meurtres de policiers.
Se soucier des autres
Pour Meaghan Hennegan, première personne touchée par le tireur, le gouvernement doit agir. Elle affirme que sans action, « personne ne va les prendre au sérieux ». Hayder Kadhim, également blessé, a fondé un organisme à but non lucratif pour sensibiliser à la violence et à l’intimidation, soulignant l’importance de se soucier des autres pour prévenir de telles tragédies.
Source : Radio-Canada

