Abbeville : un port européen au cœur d’un intense trafic commercial historique

Le passé maritime méconnu d'Abbeville : port européen au centre d'un

Le passé maritime méconnu d’Abbeville : un port européen au cœur d’un intense trafic commercial

Au IXᵉ siècle, Abbeville, la capitale de la Picardie maritime, se situe au fond de l’estuaire de la Somme. Traversée par le Scardon, son affluent, la ville bénéficie des marées de la Manche, favorisant un trafic maritime et fluvial intense pendant des siècles. Toutefois, ce dynamisme sera progressivement entravé par l’ensablement et le recul de plus de 10 kilomètres du trait de côte.

Entre le XIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, Abbeville connaît un âge d’or en tant que plateforme européenne d’échanges commerciaux. À cette époque, l’embouchure de la Somme est bien plus vaste qu’aujourd’hui, s’étendant sur 24 kilomètres de long et jusqu’à 4 kilomètres de large à l’embouchure, ce qui représente une superficie de 20 000 hectares.

La situation géographique d’Abbeville a permis l’émergence d’une ville prospère. Au IXᵉ siècle, elle n’est pas encore une ville, mais une villa, un domaine rural dépendant de l’abbaye de Saint-Riquier. La proximité de la mer et les opportunités commerciales vont transformer cette villa en un site de négoce de plus en plus important, supplantant Saint-Riquier.

Dès le Xᵉ siècle, des documents attestent la présence d’une communauté de riches commerçants. Le bourg, initialement situé sur une île, bénéficie d’une protection naturelle et connaît un essor économique grâce à la draperie, avec des ventes de laine mentionnées jusqu’à Gênes au XIIᵉ siècle. Les comtes de Ponthieu, conscients de l’importance de ce commerce, accordent en 1184 une charte communale à Abbeville, l’une des premières en France, garantissant des privilèges aux habitants.

Au XIVᵉ siècle, deux ports sont mentionnés : l’un fluvial et l’autre maritime, situé près du Pont Neuf. Les navires transportent diverses marchandises, notamment du sel, des plantes tinctoriales, du fer et des céréales, établissant Abbeville comme un centre de trafic commercial entre l’Europe du Nord et du Sud.

L’Amirauté d’Abbeville, créée en 1554, joue un rôle clé dans la régulation du commerce maritime et fluvial. Elle est chargée de l’entretien de la flotte marchande et de la gestion des naufrages sur les côtes de la région, où 103 naufrages sont recensés entre 1749 et 1786.

Cependant, la baie de Somme présente des dangers pour la navigation en raison de bancs de sable mouvants. Au XVIIIᵉ siècle, l’ensablement devient un problème majeur, rendant l’accès au port de plus en plus difficile.

Dans les années 1827 à 1835, un canal maritime est creusé pour relier Abbeville à Saint-Valery, permettant un renouveau commercial. La famille Van Robais, d’origine flamande, établit une manufacture de draps à Abbeville, monopolysant ce secteur pendant près de deux siècles.

Le XXᵉ siècle marque un tournant, avec l’occupation britannique pendant la Première Guerre mondiale, suivie par de lourdes destructions lors des bombardements de 1940. Ces événements conduisent à la nécessité d’acheminer des matériaux pour la reconstruction de la ville.

Aujourd’hui, Abbeville ne voit plus les grands navires accoster à son port. Seules quelques péniches et des activités de plaisance subsistent, témoignant d’un passé maritime riche et complexe.

Source : France 3 Régions

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