On a dépassé tous les records : la prise de drogue en centre-ville de Marseille relance la question d’une salle de consommation sécurisée
À Marseille, la consommation de drogue dans l’espace public a atteint des sommets inédits. Dans ce contexte, cela relance la question du projet d’une halte soins addiction, anciennement appelée salle de consommation à moindre risque.
Seringues, contenants à poudre blanche. Ce matin-là, dans le parc de jeux de Cours Julien, à Marseille (Bouches-du-Rhône), une assistante maternelle effectue un ramassage avant que les enfants puissent y jouer. « Quand on arrive le matin, on commence par faire le tour du parc pour s’asr qu’il n’y a pas de seringues ou de petites dosettes de poudres », déplore l’assistante maternelle, qui souhaite rester anonyme.
« On connaît les dealers, ils sont assis là le long du parc, on les voit faire leurs transactions. Ce qu’on voit souvent, ce sont des gens qui se piquent dans le parc. C’est vraiment un fléau en ce moment. Je crois qu’on a dépassé tous les records. »
— Une assistante maternelle, à France 3 Provence-Alpes
Au même moment, à seulement quelques mètres de là, la rue Bédarride se vide. Des dizaines de personnes y passent la nuit, autour d’un nouveau point de deal, sous le regard impuissant des riverains. Interrogée, une femme témoigne : « On voit des jeunes filles, on voit du deal. On voit aussi, on pense, des abus sur des personnes vulnérables. On se sent dépassés par la situation parce que la police n’a pas de poids là-dessus. Ils viennent et les dealers ou les consommateurs repartent immédiatement. »
Le projet d’une halte soins addictions (HSA) à Marseille est toujours dans les cartons. Ce dispositif, « expérimenté depuis 2016 pour réduire les nuisances liées à la consommation de stupéfiants dans l’espace public », est mentionné sur le site du gouvernement. Seules deux structures ont ouvert leurs portes, à Paris et Strasbourg. « Elles accueillaient 1 600 personnes, soit moins de 1 % des 342 000 usagers problématiques de drogues estimés en France en 2023 », détaille l’Inspection générale des affaires sociales.
Selon de nombreuses études, le bilan de ce dispositif est plutôt positif. Il permet de « consommer de manière sécurisée et supervisée, de réduire les risques de maladies infectieuses et chroniques et il permet l’entrée dans des parcours de prise en charge », explique Marianne Poisson, coordinatrice du projet Tempo pour Médecins du Monde.
« Les évaluations ont montré aussi la réduction du nombre de crimes et délits dans ces quartiers-là, ainsi que la réduction du nombre de seringues ramassées dans l’espace public. »
— Marianne Poisson, coordinatrice du projet Tempo pour Médecins du Monde, à France 3 Provence-Alpes
Reste à convaincre les pouvoirs publics, mais la mairie ne peut pas agir seule. Anthony Gonçalves, adjoint à la santé à la mairie de Marseille, souligne : « Il faut que ce soit fait en concertation avec les riverains, mais aussi l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille qui doit jouer un rôle majeur dans la construction de ce type d’outils. Mais il nous faut aussi une impulsion politique forte qui vienne de l’État. »
L’État a déjà été sollicité à plusieurs reprises par la mairie de Marseille. En mai dernier, le maire Benoît Payan a écrit au Premier ministre en demandant la mise en place d’un plan ministériel spécifique sur le sujet.
(Avec Valérie Smadja, à Marseille.)
Source : France 3 Provence-Alpes

