Comment le cancer est devenu le nouveau pari des géants de la pharma
Plusieurs laboratoires ont récemment annoncé des résultats prometteurs concernant leurs vaccins anti-cancer, visant à réduire le risque de rechute sur certains types de cancers. Toutefois, leur efficacité sur l’ensemble des cancers reste à confirmer, et leur coût soulève des questions sur l’accessibilité de cette technologie.
Parmi les projets les plus avancés, le laboratoire américain Moderna développe un vaccin à ARN messager nommé « Intismeran autogene », en association avec le Keytruda, un médicament d’immunothérapie du laboratoire MSD. Contrairement aux vaccins traditionnels, qui sont produits de manière identique pour des millions de personnes, ce vaccin est fabriqué sur me pour chaque patient, en se basant sur les caractéristiques génétiques de sa propre tumeur.
Des essais cliniques ont été menés sur 1.137 patients atteints de mélanome à haut risque, dont la tumeur a été entièrement retirée chirurgicalement. En août, les résultats préliminaires de l’étude de phase 3 ont montré que l’association du vaccin et de l’immunothérapie améliore significativement la survie sans récidive et la survie sans métastases, par rapport à l’immunothérapie seule. Une étude antérieure de phase 2 a révélé que cette combinaison réduisait de 49 % le risque de récidive ou de décès, et de 59 % le risque de métastase à distance ou de décès.
Fin août, la biotech française Transgene a également présenté des résultats encourageants pour son vaccin TG4050, destiné aux cancers de la tête et du cou. Bien que l’étude ait impliqué un nombre limité de 38 patients, ceux qui ont reçu le vaccin n’ont connu aucune rechute dans les trois ans suivant l’injection, contrairement à ceux du groupe témoin.
Orienter le système immunitaire vers les cellules cancéreuses
Ces vaccins fonctionnent sur le principe des vaccins thérapeutiques, qui visent à aider le système immunitaire à combattre une maladie déjà présente. Les laboratoires séquencent le matériel génétique de la tumeur pour identifier ses mutations, et utilisent des algorithmes d’intelligence artificielle pour sélectionner celles susceptibles de produire des néoantigènes, des protéines spécifiques aux cellules cancéreuses.
Une fois identifiées, ces mutations sont intégrées dans un vaccin, soit sous forme de vecteur viral pour Transgene, soit en ARN messager pour Moderna, puis injectées au patient. Le système immunitaire est ainsi entraîné à reconnaître et cibler les cellules tumorales.
Un traitement qui peut durer près d’un an
Alessandro Riva, PDG de Transgene, souligne que ces vaccins peuvent réduire le risque de rechute, notamment dans les cancers de la tête et du cou. L’objectif est d’aider le système immunitaire à éliminer d’éventuelles cellules cancéreuses résiduelles avant qu’elles ne provoquent des récidives ou des métastases. Actuellement, les stratégies diffèrent selon les laboratoires, avec des traitements administrés après la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie.
Cependant, la Professeur Caroline Robert, cheffe de service de dermatologie à Gustave Roussy, souligne que l’immunothérapie est actuellement administrée à tous, souvent sans savoir si le patient en a réellement besoin. Elle espère que l’intelligence artificielle facilitera la détection des patients réellement à risque de rechute.
Un marché qui pourrait être multiplié par sept
Malgré l’enthousiasme autour de cette nouvelle technologie, des résultats décevants de la biotech allemande BioNTech ont récemment tempéré les espoirs. BioNTech a annoncé l’arrêt d’un essai de phase 2 de son vaccin personnalisé pour le cancer colorectal, en raison de faibles chances d’atteindre ses objectifs d’efficacité.
Néanmoins, les industriels anticipent une forte croissance du marché des vaccins personnalisés contre le cancer. Selon Grand View Research, ce marché, encore émergent, pourrait passer de 208 millions de dollars en 2024 à 1,45 milliard de dollars en 2030, soit une multiplication par sept en six ans.
Cependant, une inconnue persiste : le prix de ces traitements. Ni Moderna ni Transgene n’ont encore fixé de tarif commercial. La fabrication de ces vaccins, qui nécessite de séquencer la tumeur de chaque patient, pourrait s’ajouter à des coûts déjà élevés pour les traitements existants. En France, le prix d’un flacon de 100 mg de Keytruda est de 2.000,74 euros hors taxes, et un traitement d’un an peut atteindre environ 70.000 euros.
À l’heure où les finances de la Sécurité sociale sont sous pression, la question de l’accessibilité de ces nouveaux vaccins se pose avec acuité.
Source : BFM TV

