Qui a gagné la « guerre mondiale contre le terrorisme » ?
La question de savoir qui a gagné la « guerre mondiale contre le terrorisme » demeure complexe et délicate. Plus de deux décennies après les attentats du 11 septembre 2001, le paysage géopolitique a évolué, et les perceptions de cette lutte se sont modifiées.
Le 11 septembre a marqué un tournant majeur dans la politique étrangère américaine, faisant de la lutte contre le terrorisme une priorité nationale. Avant cet événement, le terrorisme, bien qu’existant, était considéré comme un problème secondaire, principalement pour les services de renseignement. Après l’attaque, tous les aspects de la politique étrangère américaine, y compris l’armée, le renseignement et la diplomatie, ont été mobilisés pour faire face à cette menace.
La Stratégie de sécurité nationale de l’administration Bush en 2002 a défini la lutte contre le terrorisme comme une guerre unique, à mener sur plusieurs fronts contre un ennemi insaisissable. Cette mobilisation a conduit à des interventions militaires en Afghanistan et en Irak, ainsi qu’à des opérations discrètes à travers le Moyen-Orient, l’Asie et l’Afrique. Environ 20 % des agents du Foreign Service américain ont servi en Afghanistan ou en Irak durant les années 2000, avec une proportion encore plus élevée parmi les agents de l’USAID.
Sous l’administration Obama, bien que des efforts aient été faits pour réévaluer cette guerre, le terrorisme est resté une préoccupation majeure, avec une extension géographique des opérations. Cependant, avec le temps, l’accent sur la lutte contre le terrorisme a diminué, notamment sous l’administration Trump, où la stratégie de sécurité nationale en 2025 ne mentionnait même plus le mot « terrorisme ».
Le retrait des troupes américaines d’Afghanistan en 2021 a marqué un tournant significatif, remettant en question l’efficacité de la guerre contre le terrorisme. Ce retrait a été précédé par un accord qui a permis aux talibans de reprendre le pouvoir, soulevant des inquiétudes quant à la résurgence de groupes terroristes.
Aujourd’hui, bien que les États-Unis continuent d’effectuer des opérations contre des groupes terroristes comme Boko Haram et al-Shabaab, le concept même de la « guerre mondiale contre le terrorisme » semble s’estomper. La lutte contre le terrorisme est désormais perçue non pas comme une campagne globale, mais comme une série d’opérations spécifiques, chaque menace étant évaluée dans son propre contexte.
L’abandon de ce concept pourrait être bénéfique, permettant une approche plus nuancée et moins généralisée face à des menaces variées, qu’elles soient islamistes ou d’autres types.
Source : Jeff Hawkins, ancien diplomate américain, chercheur associé à l’IRIS.

