RN : quand la sécurité politique veut mettre les médias à distance

RN : quand la sécurité politique veut mettre les médias à distance

Encore une fois, le RN donne l’impression de vouloir choisir ce que les journalistes ont le droit de voir, d’entendre et de montrer.

Au Touquet, le séminaire de rentrée des parlementaires du Rassemblement national se déroule sous haute surveillance médiatique. Selon les informations rapportées, des consignes auraient été données aux agents de sécurité du parti pour empêcher les journalistes de trop s’approcher du parvis du Palais des congrès.

Et c’est précisément là que le problème commence.

Quand un vigile se prend pour la police

Un parti politique peut parfaitement organiser une réunion privée et contrôler l’accès à ses locaux. C’est son droit.

Mais un agent de sécurité privé n’est pas un policier. Il ne dispose pas d’un pouvoir général permettant de décider qui peut circuler dans l’espace public, où un journaliste peut se placer ou jusqu’où il peut exercer son métier.

Si des journalistes se trouvent sur un espace où ils sont légalement autorisés à être et qu’on cherche à les repousser sans fondement juridique, la question n’est plus celle de la simple organisation d’un événement politique.

Elle devient celle du respect de la liberté de la presse et du droit d’informer.

Faire de la presse un problème à éloigner

Ce qui dérange surtout dans cette affaire, c’est le symbole.

Un parti qui aspire à exercer le pouvoir dans la République devrait pouvoir supporter la présence des journalistes, leurs questions, leurs caméras et même leurs questions gênantes.

La démocratie ne fonctionne pas avec une presse autorisée à trois mètres, une caméra placée au bon endroit et des questions préalablement approuvées.

La presse n’est pas un décor que l’on déplace lorsque la photographie ne convient pas.

Lorsque des responsables politiques cherchent à contrôler physiquement l’environnement médiatique autour d’une réunion, le signal envoyé est particulièrement mauvais : celui d’une organisation qui préférerait maîtriser son image plutôt que répondre au regard public.

Le RN veut gouverner ? Qu’il accepte d’être regardé.

Le problème dépasse largement le seul séminaire du Touquet.

Un parti politique qui prétend diriger la France devra demain répondre à des journalistes, à des citoyens, à des opposants, à des contre-pouvoirs et à une société civile qui ne lui sera pas toujours favorable.

La République n’est pas une conférence de presse sous contrôle.

On ne peut pas réclamer la confiance des Français tout en donnant simultanément l’impression que les journalistes constituent une menace qu’il faudrait tenir à distance.

Et surtout, il faut rappeler une évidence : critiquer les médias est un droit. Empêcher illégalement les médias de travailler en est une tout autre affaire.

Si les faits rapportés sont confirmés, ils doivent donc être examinés sérieusement sous l’angle du droit applicable. Qui a donné les consignes ? Où les journalistes se trouvaient-ils exactement ? Quel fondement juridique était invoqué ? Les agents disposaient-ils réellement du pouvoir de leur interdire l’accès à la zone concernée ?

Ce sont ces questions qu’une démocratie saine doit poser.

La liberté de la presse ne s’arrête pas au cordon du RN

Il ne suffit pas de proclamer son attachement à la démocratie lorsqu’on parle de ses adversaires.

La démocratie se me aussi à la capacité d’accepter le regard de ceux qui nous déplaisent.

Un journaliste n’a pas besoin d’être aimé par un parti politique pour faire son travail.

Il n’a pas besoin d’être invité à la table des dirigeants pour observer ce qui se passe autour d’une réunion.

Et il n’a pas à obtenir l’autorisation d’un vigile pour exercer les libertés que la loi lui reconnaît.

Le RN veut être considéré comme une force politique capable de gouverner la France ?

Alors qu’il commence par accepter une chose élémentaire :

dans une démocratie, on ne fait pas taire la presse en éloignant les journalistes.

On répond aux questions.

On accepte les caméras.

On assume ses décisions.

Et lorsqu’une consigne semble dépasser les pouvoirs légalement accordés à des agents de sécurité, ce n’est pas la presse qu’il faut repousser. C’est la légalité qu’il faut respecter.

La République n’a pas besoin de vigiles pour protéger les puissants des journalistes.

Elle a besoin de journalistes libres pour protéger les citoyens du pouvoir.

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