Cyril Pedrosa : « Avec Nanbanjin, nous avions envie d’un projet qui nous fasse du bien »
Lors d’un voyage au Japon en 2008, Cyril Pedrosa a découvert, dans une librairie de Tokyo, un manga qui l’a profondément marqué : Le Samouraï bambou de Taiyō Matsumoto. Ce moment a été le point de départ d’une admiration pour l’auteur japonais, qui explore des récits variés tout en adaptant son dessin. Une fascination qui l’a conduit à collaborer avec lui sur le projet Nanbanjin.
Ce projet est né de la lecture du livre La Découverte du Japon par les Européens, contenant des chroniques portugaises du XVIe siècle. Ces récits évoquent l’arrivée de caravelles sur l’île de Tanegashima, alors que les Occidentaux n’avaient pas encore de contact avec les Japonais. Pedrosa a été intrigué par le lien entre le Portugal et le Japon, particulièrement par la perspective différente offerte par un texte japonais de la même époque.
L’égalité de sophistication entre les protagonistes a inspiré Pedrosa à raconter l’histoire d’un marin portugais, Fernando, qui échoue sur l’île et se reconstruit grâce à ses rencontres. Il a alors décidé de travailler avec Matsumoto, souhaitant qu’il raconte la même histoire du point de vue des habitants de l’île.
La rencontre entre les deux artistes à Angoulême a été déterminante. Pedrosa a été accueilli chaleureusement par Matsumoto et sa compagne, Saho Tōno, avec qui ils ont développé leur récit. Le projet a été nourri par des échanges réguliers, permettant de construire deux récits qui se croisent sans se superposer, à l’image du film Rashōmon.
Graphiquement, Nanbanjin se distingue par l’utilisation de techniques variées, mêlant tradition et numérique. Pedrosa a opté pour un dessin sur papier pour le premier chapitre et a ensuite utilisé des outils numériques pour le reste, lui permettant d’apporter des modifications rapidement et de garantir la cohérence visuelle avec le travail de Matsumoto.
Le récit aborde également des thématiques de filiation, tant chez Pedrosa que chez Matsumoto, explorant les relations complexes entre les personnages. L’illustration de Fernando, un homme en quête de sens, reflète le parcours personnel de Pedrosa, qui a lui-même traversé des moments de crise.
En somme, Nanbanjin est une œuvre qui, tout en étant ancrée dans des contextes historiques et culturels précis, évoque des thèmes universels de renaissance et de connexion à soi et aux autres.
Source : ActuaBD

