Mer Rouge, mer Noire, détroit d’Ormuz : des navires et des marins pris dans l’étau des conflits
Quatre zones – le détroit d’Ormuz, la mer Rouge, les eaux au large de la Somalie et la mer Noire – sont désormais simultanément des théâtres de danger d’une ampleur inédite pour le secteur maritime. Les navires et leurs équipages se retrouvent pris au piège et attaqués dans des conflits qui ne les concernent pas. Damien Chevalier, directeur de la Division de la sécurité maritime de l’Organisation maritime internationale (OMI), a souligné l’ampleur de cette menace et les mes prises pour protéger les navires et leurs équipages.
À quelle crise le secteur maritime est-il confronté ?
C’est la première fois qu’un si grand nombre de navires et de marins sont menacés simultanément dans plusieurs régions. La crise dans le détroit d’Ormuz est sans précédent, touchant environ 2 000 navires et 20 000 marins depuis le début du conflit. Le secteur fait face à une combinaison de crises, notamment les attaques des Houthis en mer Rouge et une recrudescence de la piraterie au large de la Somalie, où des marins sont pris en otage. Les attaques se sont également multipliées en mer Noire, où des drones sont utilisés pour viser des pétroliers et des navires transportant des céréales.
Pourquoi la piraterie augmente-t-elle au large de la Somalie ?
Les moyens navals sont davantage mobilisés face aux menaces en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz, ce qui profite aux pirates qui ciblent des vraquiers plus petits et vulnérables. La Somalie travaille à l’élaboration d’une nouvelle législation contre la piraterie, visant à combler l’absence d’un cadre juridique pour traduire les pirates capturés en justice dans le respect de leurs droits.
Que se passe-t-il en mer Noire ?
Il n’y a pas de lien direct entre la situation en mer Noire et celle dans le détroit d’Ormuz, chaque zone représentant une crise distincte. Les informations sur les attaques en mer Noire sont difficiles à vérifier, mais le nombre d’incidents, ainsi que les victimes parmi les membres d’équipage, sont préoccupants. Actuellement, les ports céréaliers ukrainiens n’accueillent qu’un ou deux navires par jour, alors que la période des récoltes devrait normalement en voir arriver entre 20 et 30.
Pourquoi le transport maritime est-il le fil conducteur de ces conflits ?
Le transport maritime est devenu un instrument de pression géopolitique. Les marins sont les premières victimes de cette situation, exacerbée par la présence de navires ne répondant pas aux normes. L’OMI s’efforce de remédier à cette situation en luttant contre les registres frauduleux et les fausses immatriculations.
Quelles sont les répercussions économiques plus larges ?
Environ 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz. Toute perturbation dans cette zone impacte l’inflation et le coût de la vie à l’échelle mondiale. Le détroit d’Ormuz et la mer Noire sont cruciaux pour l’approvisionnement en engrais et les exportations de céréales, mettant ainsi en péril la sécurité alimentaire, surtout dans les pays en développement.
Quelles sont les préoccupations à long terme ?
L’avenir de la main-d’œuvre maritime est en jeu. Face à l’augmentation des victimes, le métier de marin devient dangereux, rendant difficile l’attraction des jeunes générations. Les conséquences de cette pénurie pourraient ne se manifester que dans cinq à dix ans, avec un impact sur le recrutement et la formation de nouveaux marins.
Quelle est la solution ?
La réponse réside dans la diplomatie, le respect du droit humanitaire et du droit international, ainsi qu’un retour à un dialogue constructif au sein de l’ONU. La menace pesant sur le transport maritime ne doit pas être banalisée, et il est essentiel de se concentrer sur des solutions diplomatiques plutôt que sur l’armement des navires.
Source : ONU Info

