Sécheresse aux Terres de Jim : les agriculteurs confrontés à des incertitudes croissantes

REPORTAGE.

« C’est la grande incertitude » : aux Terres de Jim, les agriculteurs face aux conséquences de la sécheresse

Près de Metz, les Terres de Jim réunissent le monde agricole jusqu’à dimanche. Plus de 100 000 visiteurs sont attendus, dans un contexte de crise marqué par la sécheresse et les canicules.

Le champ immense transformé en foire agricole témoigne de la crise : le sol est sec et poussiéreux. Sous le chapiteau des bovins, Antoine Laudet, un jeune agriculteur mosellan, est aux petits soins pour ses vaches. « Voilà, ce sont nos vaches », explique-t-il. « On vient de les laver, et là elles sont en train de manger. Puis on va attendre qu’elles se couchent. Comme ça on sera un peu tranquilles. » Pour lui, ce rendez-vous permet de souffler après des mois difficiles : « C’est un peu plus convivial. On discute, on parle d’autre chose. Avec les sécheresses qu’on a connues, la canicule, les bêtes ont beaucoup souffert. C’était très compliqué. »

L’événement a été maintenu pour permettre aux agriculteurs de se retrouver. Baptiste Lhermitte est venu des Deux-Sèvres pour présenter ses vaches laitières : « Ça sort un peu du quotidien et puis ça permet de se vider un peu la tête. On se pose un peu de questions de savoir si on va réussir à avoir assez de nourriture pour les animaux sur l’année », s’inquiète-t-il.

Sous l’effet de la chaleur, ici en Moselle comme ailleurs, il n’y a plus d’herbe dans les prairies depuis des semaines. Les éleveurs puisent dans les stocks d’hiver pour nourrir les animaux. Maxime Schmitt se demande comment il va tenir jusqu’au printemps prochain. « C’est la grande incertitude aujourd’hui », raconte-t-il. « On essaye de trouver du fourrage à droite, à gauche, chez des voisins. On fait un état des stocks, mais c’est la grande incertitude. » Il ne sait pas s’il « aura assez de fourrage jusqu’après l’hiver. »

Maxime élève 120 vaches allaitantes, une race à viande, dans le nord de la Moselle. « Le risque, c’est de ne plus avoir de stock à la fin de la saison et de devoir décapitaliser fortement le cheptel dans nos élevages. Ça veut dire vendre des bêtes et avoir une année plus compliquée l’année prochaine, s’il faut réinvestir pour augmenter le cheptel. Les comptes sont compliqués cette année, c’est sûr. »

Sur le stand de la Mutualité sociale agricole, Dominique Sautré, président de la caisse régionale de Lorraine, fait état de remontées très mauvaises. « Depuis le mois de juin, on a 30 % de signalements supplémentaires », précise-t-il. « L’agriculteur dit : ‘J’en ai marre, je vais me foutre en l’air’, ou je ne sais quoi. Les sentinelles, ce ne sont pas des psychologues, mais ils font remonter à la MSA. Nous sommes vraiment inquiets pour les mois à venir. »

Il estime que le plan d’urgence annoncé par le gouvernement ne suffira pas à rasr les agriculteurs. « On parle d’un milliard d’euros en ce moment, mais le besoin pour la ferme France est chiffré à 15 milliards, donc il en manque vraiment beaucoup », alarme-t-il.

Ces représentants du monde agricole profitent de la venue de responsables politiques pour alerter sur la situation. La ministre Annie Genevard, le commissaire européen à l’Agriculture, ainsi que des candidats à la présidentielle, sont présents ou attendus sur place.

Amandine, éleveuse et céréalière, espère que l’agriculture sera l’un des sujets forts de la campagne. « Qu’on soit reconnu, que notre métier soit payé à sa juste valeur, qu’on arrête d’être dénigrés, d’être accusés d’être pollueurs. On produit, on nourrit les gens. Donc il ne faut pas nous laisser sur la touche », insiste-t-elle.

Ce week-end, les agriculteurs sont nombreux ici à vouloir penser à autre chose, malgré l’incertitude qui pèse sur leur avenir.

Source : Franceinfo

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