Affaire Christian Nègre : une victime dénonce la protection dont il bénéficie face à la justice.

ENTRETIEN. Affaire Christian Nègre :

Affaire Christian Nègre : « Il bénéficie d’une forme de protection », le désarroi d’une victime

Accusé de soumission chimique sur près de 250 femmes, Christian Nègre fait l’objet d’une instruction au long cours. Les plaignantes dénoncent l’absence de calendrier judiciaire et la lenteur de la procédure. Sylvie Delezenne, l’une des victimes, partage son expérience après une rencontre avec les juges d’instruction qu’elle qualifie de « frustrante ».

L’ancien haut fonctionnaire Christian Nègre est mis en examen depuis 2019. Entre 2009 et 2018, il est accusé d’avoir administré à leur insu un puissant diurétique à près de 250 femmes lors d’entretiens professionnels au ministère de la Culture ou à la DRAC Grand Est. Il aurait profité des effets rapides de la substance pour les contraindre à uriner en sa présence, tout en prenant des photos de ses victimes à leur insu et en répertoriant leurs réactions dans un tableau Excel.

Le 10 septembre 2026, une réunion d’information s’est tenue au tribunal judiciaire de Paris entre les magistrats instructeurs et les parties civiles. Présente en tant que victime et membre active du collectif des plaignantes, Sylvie Delezenne a exprimé sa frustration face à l’absence de date de jugement et au maintien de l’activité de l’accusé.

La Dépêche du Midi : Comment s’est déroulée cette rencontre avec les juges d’instruction ?

Sylvie Delezenne : Nous avons ressenti beaucoup de frustrations. Cette réunion était cruciale car nous espérions des avancées concrètes sur l’affaire. Nous n’avons pas reçu de calendrier judiciaire, et il nous a été expliqué qu’il reste encore deux étapes à franchir. Actuellement, nous sommes toujours à la première étape de l’instruction. Nous espérons que celle-ci se terminera d’ici la fin de l’année, suivie des réquisitions l’année prochaine. Malheureusement, le contenu de la réunion étant confidentiel, nous manquons d’informations précises.

Quand vous parlez d’informations concrètes sur l’enquête, qu’attendiez-vous ?

Nous souhaitions savoir combien d’actes sont encore en cours et le nombre précis de victimes. Il nous a seulement été dit qu’il y a 281 parties civiles. J’aurais aimé des détails sur le nombre de victimes de photographies à leur insu et celles touchées par la soumission chimique. La réponse a été que le nombre de victimes reste mouvant, ce que je trouve léger après tant de temps. Cela semble aberrant pour une affaire qui paraît simple.

Pensez-vous que Christian Nègre bénéficie d’une forme de protection ?

Je le pense sincèrement. Des signalements n’ont pas été faits à l’époque et son contrôle judiciaire est trop léger. Il utilise un faux nom et continue de négocier des contrats, générant un chiffre d’affaires d’un million d’euros sur les risques psychosociaux. Nous apprenons cela par d’autres victimes, pas par la justice.

Pouvez-vous rappeler comment s’est déroulée votre rencontre avec lui en 2015 ?

Je l’ai rencontré sur LinkedIn pour une recherche d’emploi. Lors de notre rendez-vous au ministère de la Culture, il m’a offert un café pendant qu’il prenait des photos sous le bureau. Il m’a ensuite emmenée faire l’entretien en marchant pendant plusieurs heures, ce qui m’a mise très mal à l’aise.

En échangeant avec les autres plaignantes, avez-vous constaté un mode opératoire systématique ?

Oui, il ciblait des candidates au recrutement, des collaboratrices ou des intervenantes extérieures. Une ancienne subordonnée a même découvert qu’il avait agi de la même manière avec ses propres collègues.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cet homme ?

Pour moi, il est parfaitement conscient de ses actes. Il se croit intouchable à cause de son ancien statut de haut fonctionnaire.

Les juges d’instruction vous ont-elles donné un espoir d’une date de jugement ?

Aucune date n’a été communiquée. C’est très frustrant. En 2023, nous avions été informées que l’enquête allait accélérer, mais trois ans plus tard, nous ne savons toujours rien.

Cette affaire soulève des questions sur la lenteur de la justice et le soutien dont bénéficie l’accusé, laissant les victimes dans l’incertitude.

Source : La Dépêche du Midi

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